On ne plaisante pas avec Tchekhov !

La troupe lyonnaise Semelle de vent prépare pour 2014 une adaptation franco-marocaine de « L’Ours » de Tchekhov. Un classique modernisé en français et en darija.

Elle a pris le titre Doub, traduction de l’ours en arabe. La troupe Semelle du vent basée à Lyon et montée par la Franco-algérienne Fatimzohra Zemel, se prépare à attaquer l’une des illustres plaisanteries de Tchekhov, L’ours, sous une forme pour le moins originale. Elle sera bilingue, interprétée en masques et intervertira les rôles féminin et masculin. Dans le casting, trois nationalités, deux langues et une passion : le théâtre.  

La re-création de L’ours

Le jeune comédien marocain Faissal Azizi est artiste associé dans cette pièce. Cet ancien de l’ISADAC et membre actif de Dabatéatr interprétera le rôle d’Elena Ivanovna Popova, alias Bouchra Ouazzani dans la version franco-marocaine. Une sorte de performance expérimentale pour les deux comédiens, puisque Fatimzohra jouera le rôle de Bouchaïb Smirnof, alias Grigori Stépanovitch Smirnov, L’ours. «Jouer le rôle de la femme ne m’a jamais particulièrement séduit. En raison de mon morphotype, j’ai à plusieurs reprises reçu des propositions du genre, mais j’ai toujours décliné, car ça aurait été trop facile pour moi. Sur ce projet, j’interprète la femme via des techniques de masque et de mime corporel, par le rôle tel qu’il a été écrit par Tchekhov. C’est un vrai process artistique et j’ai hâte de tenter l’expérience sur scène», nous expliquera Faissal Azizi.

Derrière le choix de l’expression scénique, Fatimzohra Zemel qui a l’expérience rodée des  masques et Fabrice Taponard, interprétant le rôle du valet et qui, lui aussi, a la passion des masques. Si le masque de l’ours est réel, celui de Popova et du valet seront réalisés grâce à des techniques de maquillage scénique. Ce recours ne rend pas la tâche plus facile puisque l’expression corporelle se doit d’être plus accentuée. Pour ce faire, «le mime et le langage des signes seront la ligne esthétique du spectacle et la deuxième langue qui ponctuera les sens cachés des répliques», explique Faissal Azizi.

Qu’attendre d’un spectacle bilingue? «D’être joué et diffusé dans tous les pays où le bilinguisme arabo-français est de règle : France, Belgique, Maroc, Algérie, Tunisie…», répond Faissal Azizi. Et d’ajouter, pour précision, «la pièce ne comporte aucune morale directe de tolérance ou antiracisme… C’est une histoire simple, une farce d’un seul acte, comique, humaine». Un vrai travail artistique affranchi des chaînes de la langue et de la culture.

Du crowdfunding pour le Tchekhov

L’Ours version franco-darijophone a décroché un soutien matériel de la Cie La fille du pêcheur en résidence à Rillieux-la-Pape. Pour compléter le financement de la pièce, la troupe de la Semelle du vent a recours au crowdfunding pour lever 1500 euros. Via le site web kisskissbankbank, un des leaders mondiaux du genre, dédié à la créativité et à l’innovation, le projet se donne deux mois pour récolter la somme requise. A côté du financement de la troupe de la Fille du pêcheur, cette somme permettra de mieux préparer les décor, d’améliorer les conditions d’interprétation de cette première et de financer la communication, ainsi que la diffusion du spectacle. 

Sur la même plateforme, on trouvera des projets de musique, de films, de BD ou encore de spectacles de marionnettes en quête de soutien financier pour voir le jour. Un moyen alternatif pour permettre aux passionnés de contourner les circuits conformistes de la création artistique. Aider L’Ours a monter en scène est d’ailleurs toujours possible sur le site.