«Nous espérons voir d’autres sponsors investir dans la production musicale amazighe»

Directeur artistique de Timitar, Brahim El Mazned présente la programmation de la 16e édition et explique l’impact du festival sur la culture et la musique amazighe.

Quels sont les moments forts de la 16e édition du festival Timitar ?
Comme chaque année, la programmation du festival part du microcosme local vers l’universel. Il y a une très belle représentativité de la musique des Rwayiss, de belles figures de la scène musicale actuelle, comme Hicham Massine, Lahcen Amir, Ribab Fusion, des Djs de la région. D’autres artistes phares de la jeune scène marocaine sont à l’affiche, tels que Zakaria Ghafouli et Hatim Ammor. La scène africaine est présente avec Ismaël Lô, Tinariwen, Reda Taliani et d’autres. Il y a l’électro d’Amérique latine représenté par La Chiva Gantiva, des découvertes d’Espagne, d’Italie, la magnifique syrienne Faia Younan et bien d’autres noms des quatre continents. C’est une programmation qui parle à toutes les générations et à toutes les communautés.

En seize ans d’existence, quelle est l’ampleur de l’impact de Timitar sur la musique amazighe ?
Timitar a vu le jour lors d’une période de déclin de la production musicale amazighe. Avec la dématérialisation du produit audio et la baisse des ventes de CDs, de moins en moins d’artistes arrivaient à vivre de leur musique. En plus de leur offrir une scène, Timitar s’est engagé dans la production musicale, en permettant à chaque fois à un artiste de travailler de manière confortable sur un album et de l’exposer à l’échelle nationale. C’est une initiative qui connaît beaucoup de succès auprès des artistes et on espère qu’elle appellera d’autres sponsors à s’investir dans la production d’encore plus d’artistes connus et émergents.

Quel intérêt porte le festival pour la musique amazighe moderne ?
La scène musicale amazighe a suivi le même développement que la scène musicale marocaine. Il y a eu un développement parallèle, avec les mêmes pics de création et d’élans de modernité. Les Oudaden et les Izenzaren brillaient au même moment que les Nass El Ghiwane et les Jil Jilala. Puis il y a eu les rwayiss qui se sont modernisés, ou encore les groupes modernes qui s’en sont inspirés, comme Amarg Fusion, Ribab Fusion, Aziz Ozouss, Hicham Massine, Mehdi Nassouli, Ahmed Soultan, etc. Ce sont aujourd’hui des artistes qui parcourent le monde et s’enrichissent des diverses cultures musicales. Et je pense, en toute honnêteté, que Timitar n’y était pas étranger.

Après 16 ans de festival, peut-on dire que Timitar a initié un débat sur la culture amazighe ?
Le festival Timitar est d’abord venu combler et répondre à une demande locale. Nous sommes dans une région à forte identité culturelle amazighe, avec une énorme production musicale locale, qui est probablement la deuxième après la région de Chaouia-Ouardigha. Il était normal d’offrir à cette communauté d’artistes un espace d’expression et au public la chance de la rencontrer, en dehors des célébrations familiales. Mais nous ne voulions pas en faire un festival communautaire. Timitar a été pensé et voulu comme un festival international, où des artistes amazighs se produisent sur les mêmes scènes que des artistes d’ailleurs. Le débat sur les questions d’ordre culturel, linguistique ou autres, est un appel d’air qui s’est installé naturellement pour accompagner les festivités. Cela se renforce d’année en année et c’est tant mieux !

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