Nostalgique Miloudi

L’Atelier 21 expose du 16 décembre au 24 janvier à  Casablanca les Å“uvres récentes de l’artiste-peintre Houssein Miloudi. Une exposition aux allures de rétrospective, questionnant près d’un demi-siècle de travail.

À soixante-neuf ans, Houssein Miloudi a décidé qu’il était temps de replonger dans ses archives pour revisiter plus de quarante-cinq années d’une foisonnante carrière. «Il a sorti ses vieux carnets, dépoussiéré des coins de son atelier qu’il n’a plus dérangé depuis des années, demandé à ses premiers collectionneurs de lui montrer ses œuvres. L’artiste a plongé dans jadis ; il a fait un voyage dans le temps», expliquent les galeristes de l’Atelier 21 qui exposent, du 16 décembre au 24 janvier prochains, le fruit de cette rétrospective. Une série d’œuvres intitulées «Nostalgie» mais qui, à en croire l’artiste, ne reflètent aucun vague à l’âme, pas l’ombre d’un regret. Bien au contraire, c’est avec «un grand plaisir» que Miloudi dit avoir retrouvé une esquisse datée de 1973 et décidé de la reproduire «texto» plus de quarante ans plus tard. Résultat: La réplique de l’œuvre originale est tout sauf une pâle copie bâclée hâtivement. Elle gagne en force et en émotion, on y lit toute la maturité et la vigueur acquises en près d’un demi-siècle de travail.
«La tâche n’a pas été facile, puisque le voyage dans le temps n’a pas été seulement porteur d’émotion. L’artiste, qui a travaillé pendant trois ans, a été aussi souvent confronté à des moments de doute, inévitables dans tout projet de cette envergure», confie le galeriste exposant.
Houssein Miloudi est un artiste attaché à sa terre et à ses traditions. Le plasticien, qui n’a jamais quitté son Essaouira natale, aime à s’inspirer de l’artisanat marocain, de ces objets utilitaires érigés en modes d’expression artistique : le tapis, les bijoux, etc. Il puise aussi son inspiration dans les écritures sur les tablettes des écoles coraniques, les inscriptions sibyllines sur les amulettes et autres hjabs utilisés en sorcellerie… «L’originalité de Miloudi, c’est que tout en s’inspirant de formes ancrées dans la culture locale, il a développé un langage plastique qui ne renvoie pas de façon directe ou littérale à ses sources d’inspiration», poursuit le galeriste.
L’éditeur Alain Gorius voit dans l’expression de ces «racines profondes» une peinture «maîtrisée, ludique et grave à la fois». Un regard sur le monde qui semble «lavé de toutes les compromissions de l’âge d’homme. Le désir joue dans sa peinture comme un défi souriant (non sans angoisse parfois) à l’anéantissement à venir, qu’il domine de sa tension. De la peinture comme pratique de la joie devant la mort». Né en 1945 à Essaouira, Houssein Miloudi étudie d’abord à l’école des Beaux-arts de Casablanca avant de se voir attribuer une bourse du gouvernement français pour poursuivre sa formation à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Ses œuvres ont intégré des collections prestigieuses dans plusieurs pays dont l’Espagne, la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis.