Nos Pink Floyd à  nous

Les 22 et 23 septembre derniers, Africa Band a joué ses covers de Pink Floyd. Un hommage à  l’immense groupe de rock qui ne manquait pas de sel.

Dans le florilège de groupes formés pendant les vingt dernières années, les zicos d’Africa Band ne sont sans doute pas les plus connus. Quel gâchis, est-on tenté de dire, car on s’explique mal que les Marocains, dans leur très grande majorité, passent à côté d’artistes aussi audacieux. Aventureux, même ! Ils ont osé ce qui, en effet, paraît presque impensable : braver l’immense, le périlleux répertoire des Pink Floyd. «C’est risqué de jouer ces morceaux. Cela demande de la précision, de la sensibilité et une parfaite harmonie technique», précise humblement Faïçal Tadlaoui, guitariste et chanteur du groupe, qui pourtant manie la guitare en disciple chevronné de David Gilmour, aux côtés de ses compères Yonnel Lallouz (batterie), Amadou Ba (basse), Nabil Senhaji (claviers), Saad Bouaamri (violon, luth), et Kao Lucas, Horia Serhane ainsi que Mehdi Okach (choristes).

Certes, Africa Band n’a pas fait du Pink Floyd à la note près, pour son hommage au mythique groupe de rock. Et c’est tant mieux ! Les 22 et 23 septembre derniers au Mégarama, les Casablancais ont savouré mieux qu’une pâle copie de Hey you, par exemple. Il y avait du luth, oui, tout à fait, du luth dans les sombres méandres de cette chanson de l’album The Wall. De même, dans «Shine on you crazy diamond», cet hommage à Syd Barrett, le génial compositeur de See Emily Play, le violon remplace admirablement le saxo. Sans sourciller, on peut donc dire que le pari est gagné et que ce Moroccan Tribute était bien à la hauteur.

Groupe légendaire, Pink Floyd a renouvelé l’univers du rock. Leur premier album, The Piper At The Gates Of Dawn (1967), est un succès. Son principal architecte est Barrett, ce génie qui, complètement assommé par la drogue, quitte le groupe pour partir en solo puis en… psychiatrie. Il décédera en 2006. Le groupe va creuser le sillon psychédélique, errant à la recherche du génie original sous la houlette de Roger Waters. C’est en 1971, avec l’album Meddle, que Pink Floyd retrouve les sommets de l’inspiration. En 1973, la formation change de cap et livre le très perturbé et révolutionnaire Dark Side of the Moon, classé plus de sept ans au top 100 américain. Puis vient la période «Water’s leadership», la plus connue des profanes, inaugurée par Wish you were here, Animals puis The Wall. En 1983, juste après la sortie de leur dernier album ensemble The Final Cut, la rupture est consommée. L’intransigeance de Waters est pour beaucoup dans la brouille. Qu’à cela ne tienne, David Gilmour, Richard Wright et Nick Mason continuent de jouer ensemble sous la même appellation. Ils sortiront deux albums Momentary laps of reason en 1987 et Division Bell en 1994 et feront de très longues tournées à travers le monde. En 2008, Richard Wright décède, marquant la fin du parcours d’un groupe mythique. Mais leur musique ne mourra jamais. On peut aimer Pink Floyd ou non, considérer leur musique comme majeure et fondamentale ou vaine et prétentieuse, mais jamais ils ne laissent les amateurs indifférents : avec Pink Floyd, on plane assurément.