No more steak

Dans un contexte marqué par la polémique autour de l’industrie de l’élevage et de la viande, et alors que les voix pour le bio et le végétarisme s’élèvent, cet ouvrage fait office d’OVNI.

Extrait :
Les humains sont les seuls animaux qui font délibérément des enfants, tissent des liens entre eux (ou pas), fêtent les anniversaires, gaspillent et perdent leurs temps, se brossent les dents, éprouvent de la nostalgie, nettoient les taches, ont des religions, des partis politiques et des lois, portent des amulettes-souvenirs, s’excusent des années après avoir offensé autrui, chuchotent, ont peur d’eux-mêmes, interprètent les rêves, dissimulent leurs organes sexuels, se rasent, enterrent des capsules témoins et peuvent choisir de ne pas manger quelque chose pour des raisons de conscience. Les justifications pour manger et ne pas manger les animaux sont souvent les mêmes : nous ne sommes pas des animaux.
En quelques mots :

Dans un contexte marqué par la polémique autour de l’industrie de l’élevage et de la viande, et alors que les voix pour le bio et le végétarisme s’élèvent, cet ouvrage fait office d’OVNI, tant le propos se démarque par un ton subjectif, humaniste, et surtout par l’angle sous lequel les informations sont traitées. Pas de chiffres à outrance, de statistiques alarmistes ou de sonnettes d’alarme tirées à bout de bras.

Mais une vision originale de la relation de l’homme à l’animal, aidé en cela par des souvenirs d’enfance de l’auteur, les plats de sa grand-mère, la naissance de son fils, l’adoption d’un chien… Les ravages de l’industrie moderne de la viande sont bien entendu évoqués avec lucidité, objectivité et illustrés d’informations qui donnent froid dans le dos, notamment à l’aide d’enquêtes fouillées au sein de fermes industrielles où le profit est maître mot en dépit de toute considération pour la santé des consommateurs.

Mais là où l’ouvrage amène un vent de fraicheur, c’est à travers le regard porté sur une civilisation qui perd peu à peu tout respect envers la vie animale, ainsi qu’une remise en question du rapport de l’homme à son alimentation. L’écriture est fluide et empreinte d’humour, balançant allègrement entre le style journalistique et autobiographique romancé d’un auteur qui connaît son affaire. Une chose est sûre: au terme de la lecture, on ne verra pas son steak de la même manière.
L’auteur :

Jonathan Safran Foer est un écrivain américain bien connu pour son roman Tout est illuminé (Editions de l’Olivier, 2002) adapté au cinéma en 2005 par Liev Schreiber avec Elijah Wood. Avec Extrêmement fort et incroyablement près (Editions de l’Olivier, 2006), il livre un témoignage poignant sur les attentats du 11 septembre 2001, à travers les yeux d’un jeune garçon hypersensible dont le deuil se transforme en quête initiatique dans les rues de New York.

«Faut-il manger les animaux», Jonathan Safran Foer, Edition Points, 264 pages, 100 DH.