Nhar Tzad, la grosse cata

«Nhar Tzad Tfa Dow» aurait pu être prodigieusement drôle, s’il n’était parsemé d’impardonnables incohérences. 

C’est l’histoire d’un type vachement sympa, très propre sur lui, qui, patatras ! se découvre un double maléfique. Intrigue remâchée ? Qu’à cela ne tienne ! Elle n’en sera que mieux ficelée, se dit-on, plein d’espoir. Le mécanisme humoristique doit être fichtrement bien huilé aussi, et c’est vrai qu’à certains endroits, on étouffe de rire. Pendant les cinq premières minutes, concédons-le, on se marre comme des baleines. Mais après, « la plupart du temps en fait », on s’étrangle. Quelle poilade en effet, quand Bébé est frénétiquement fabriqué sous une couette, quand, à sa naissance, il provoque une coupure intempestive et planétaire du courant.

Quel désastre, quel embarras en revanche, quand, introduisant une clé dans une prise, Bébé Schizo électrocute ses parents, les expédiant dare-dare au cimetière. Mohammed Karrat ne nous invite pas galamment à sortir nos mouchoirs. Sans prévenir, il passe du comique au tragique. Voire au film d’épouvante. À tel point qu’entre deux reniflements, on ne sait plus très bien. Est-on bien sûr d’avoir payé pour voir à l’œuvre un Jim Carrey marocain ? Mais alors, pourquoi a-t-on la gorge serrée et le cheveu qui se dresse sur la tête ? Pourquoi cette lugubre musique nous rappelle-t-elle vaguement l’Exorciste ?

Passons sur les prouesses du méchant, du très, très méchant Rachid El Ouali « bouh ! », flanqué d’un bandana, d’une grosse chaîne tapageuse et, « sacrilège ! », d’une boucle d’oreille, si investi dans son rôle de clone diabolique qu’il en esquisse des rictus trop sardoniques, trop grotesques pour être vrais. Eh ben oui, patate ! Depuis quand le cinéma se targue-t-il d’être subtil ? Ne chipotons pas non plus sur cette mystérieuse histoire d’ingénieur travaillant à Richbond et développant… des systèmes de sécurité pour distributeurs de billets. C’est vrai, quoi ! Depuis quand le cinéma a-t-il la prétention d’être cohérent ?

Mais, quand soudain, semblant crever le ciel, et venant de nulle part, surgit un camion frôlant notre héros sans même l’égratigner… Mieux ! Le faisant tournoyer comme dans Tom et Jerry « si si ! », on blêmit. Il y a aussi ce fusil qui sort de nulle part – ben quoi, le Maroc et les States, c’est tout comme-, et puis cette indescriptible scène où le vilain sosie n’arrive pas à payer une note salée au resto, mais parvient tout de même, super-pouvoirs aidant, à transformer l’orchestre de variétés en métalleux super dark, faisant -si si…- rapper les jeunes dans la rue, aux rythmes d’une version oujdie de My fair lady. Pour faire court, Nhar Tzad Tfa Dow, c’est un peu de Menteur, menteur mélangé à un soupçon de Saw, à une louche de Taz, le diable de Tasmanie, et saupoudré de West Side Story. À La Vie éco, on vous conseille de les voir séparément. Et d’économiser vos sous pour un film qui vous prend pour moins que des crétins.