Myriam Jebbor : «Caftan rend hommage à  la beauté de la femme marocaine» 

Myriam Jebbor, Directrice de publication du magazine «Femmes du Maroc».

La Vie éco : Caftan existe depuis seize ans. Un bilan d’étape ?

Au début, c’était un simple défilé de mode, qui mettait un petit peu en lumière des couturiers et des stylistes pas reconnus. C’était aussi une façon pour nous de rendre hommage à la beauté de la femme marocaine dans ce qu’elle a de traditionnel, et à la richesse de la culture marocaine. Puis, au fil des ans, d’un simple défilé, ça s’est développé, ça a pris une dimension importante. C’est devenu un show. Un spectacle. Et c’est toujours à cheval entre la tradition, ce que ça représente de précieux, de riche, et la modernité, avec ce que ça représente comme défis à relever, comme audace, comme créativité. Donc c’est vraiment le rendez-vous glamour de l’année, très attendu par les stylistes, les amoureux de la mode, mais aussi par les Marocains de manière générale.

«Les trésors d’Ibn Battouta» est le thème de cette année. Pourquoi ?

Chaque année, on a une thématique autour du Caftan. Avant, on partait sur des thématiques assez éloignées de notre culture : le Rock’n’roll, l’Afrique, l’Orient, l’Occident… Mais là, depuis deux ans, on s’est dit mais pourquoi ne pas raconter notre histoire ? Car les Marocains ne connaissent pas trop leur propre histoire et c’est un peu dommage. L’an dernier, c’était «Vogue Zamane». Cette année, c’est Ibn Battouta. On connaît un petit peu le personnage mais assez vaguement. C’est quelqu’un qui a énormément voyagé, qui a énormément enrichi notre culture, qui a fait trois fois la distance parcourue par Marco Polo, c’est quand même un personnage fort de notre histoire. C’était ça le défi, pour les créateurs : travailler sur cette thématique-là, du voyage.

Comment un caftan peut-il «raconter» le périple d’Ibn Battouta ?

Ce n’est pas juste le caftan qui raconte l’évasion et le voyage. C’est tout le show, tout ce qu’il y a autour des créations. Cette année, notre directeur artistique est Jais Zinoun. Un jeune homme plein de talent, élève du grand chorégraphe Maurice Béjart. C’est lui qui pense le voyage d’Ibn Battouta, en musique, en danse et en chant. Je ne veux pas tout révéler mais ça donne, par exemple, des danses géorgiennes, des chants grecs. ça fait trois mois qu’il répète une fois par semaine avec une troupe de quinze jeunes danseurs peu connus mais bourrés de talent.
 
Qu’est-ce que cet événement a apporté, très concrètement, à cet habit traditionnel ?  

Cela a fait connaître le caftan, au Maroc et ailleurs, mais ça a aussi fait souffler sur lui un vent de créativité et de liberté. On propose aux stylistes de repenser le caftan, de le sortir de la rigidité classique. C’est vrai qu’au fil des siècles ça s’est beaucoup enrichi, mais un événement comme celui-là, ça force les stylistes à se renouveler sans cesse. Chaque année, on reçoit énormément de dossiers, on fait une sélection draconienne. On a reçu 200 candidatures pour n’en sélectionner à la fin que douze.

Votre histoire avec le caftan ?

Je ne vous cache pas que ce n’est pas un habit que je porte souvent. Pour moi, c’était limité, une à deux fois par an, dans des cadres précis, familiaux. C’est vraiment en couvrant Caftan que j’ai plongé dans cet univers extrêmement beau. Pendant les défilés de présélection, j’ai vu des créateurs qui avaient fait des choses extraordinaires avec des imprimés, avec des rayures très bouffantes, des formes extraordinaires, qui n’étaient plus du caftan, qui déshabillaient la femme, et qui avaient montré une femme extrêmement sexy, sensuelle, à travers juste un voile, qui se voulait être un caftan mais qui était transparent. Et ce qui est beau, c’est qu’à travers chaque façon d’interpréter le caftan, il y a un regard, une vision de la femme qui est proposée, d’un créateur à l’autre. Ça rend hommage à sa beauté plurielle.