Music, sea and sun : notre sélection estivale

Elle «creuse le ciel», disait Baudelaire. Pour Kant, c’est purement et simplement «la langue des émotions». Parce que la musique grandit l’à¢me, l’embellit, l’épanouit, parce qu’un été lumineux est inconcevable sans douces mélodies à  nos oreilles, voici, pour vous inspirer, une brochette d’albums tous styles et générations confondus à  dépoussiérer, à  découvrir et à  partager.

L’été est là, Alléluia ! Sous un soleil torride, allongés sur une plage de sable fin, un cocktail exotique et coloré à la main, un Kundera à l’autre, vous êtes d’humeur joyeuse et joueuse, une douce nostalgie fait briller vos mirettes. Ce qui manque à votre paysage (presque) idyllique ? La musique évidemment ! Voici notre sélection estivale, en bonnes résolutions s’il vous plaît.

Dépoussiérer les vinyles

Plus besoin d’avoir eu un grand-père fan de Duke Ellington pour hériter de sa collection de 33 tours. Une escale au Virgin (ou pour les plus téméraires, une bonne matinée à chiner à Derb Ghallef) suffit pour emporter dans sa valise des perles rares. Et cet été, on embarque, dans l’ordre : Sun Sound Pleasure ! de Sun Ra. Sa philosophie cosmique, son jazz de visionnaire, délicieusement rythmé, ponctué de performances hallucinantes font de lui un bon compagnon de voyage. Puis Crime of the Century de Supertramp, parce qu’évidemment que serait notre été sans des instants de redécouverte du bon rock progressif britannique et de ses grandes années. Et pour finir, Random Access Memory de Daft Punk. Parce que les vinyles ne sont pas réservés au 60’s, qu’il n’y a pas d’été sans une tentative (ratée, avouons-le) de danser le disco-funk en chemise à froufrou, et qu’on nous a tellement tanné de Get Lucky qu’on se demande ce que vaut le reste de l’album, puis surtout parce qu’il faudra bien argumenter quand on dira de ce grand come-back qu’il n’est que pure fumisterie marketing !

Étudier la généalogie du jazz

Dans la famille des légendes du jazz, j’appelle les Coltrane. Cette fois, on ne vous rebattra pas les oreilles avec ce que vous savez déjà du père mais on vous parlera de la maman, Alice, et de Coltrane junior, Ravi. Alice Coltrane, en épouse mélomane, rayonne d’un halo bienveillant. Icône discrète du jazz, elle introduit les charmes célestes de la harpe sur d’ingénues notes de piano, ose le swing des cloches et flirte avec le divin par ses compositions envoûtantes. Alors, on prend son  Journey In Satchidananda et on le met en haut de sa playlist iTunes. Puis on s’intéresse au fils, Ravi, qui semblait dès le berceau condamné à la perpétuité musicale. Saxophoniste, comme papa, il se démarque par des compositions empreintes de modernité. Spirit Fiction, dernier opus sorti en juillet 2012, est une ode ensoleillée et mélancolique au blues moderne.

Assumer l’amour du rap, ou le découvrir

Puis tant qu’à le faire, autant le faire avec MobyDick ! C’est ce qu’il y a de mieux sur la scène hip-hop marocaine. Mister Toc Toc n’est plus à présenter, son beat fait l’unanimité et son texte est au rap ce que Baudelaire est à la poésie. Bon, un brin de vulgarité urbaine en plus, vous imaginez bien. Son  Dars Khass Ba3da L’album, disponible sur SoundCloud ou en téléchargement libre, est une tuerie ! Tout y est hors norme : le talent du musicien avec des compositions originales (il pique même la BO de Super Mario !), un texte riche en message à portée sociale et en références intellectuelles pleines d’ironie, d’humour et de subtilité. Puis surtout… une prononciation parfaite ! Car oui, ce qui est bien avec MobyDick, c’est qu’on comprend ce qu’il dit ! Alors pour paraphraser la dialectologie rap : «Big up Bro’ !»

On fait son cinéma !

Sur la plage, sous un large chapeau de paille mesdames, ou en tongs messieurs, on ne résiste pas à l’envie de faire son cinéma. Alors un impératif à mettre dans sa valise : Gatsby, le magnifique ! Pas Léonardo Di Caprio (enfin, s’il rentre dans votre valise, tant mieux), ni le DVD du film, mais la bande originale. Si au cinéma le dernier Baz Lurhmann ne fait pas l’unanimité, en musique, si ! Offrant une sélection parfaite mariant Florence & The Machine, Beyoncé, Gotye, et même The XX, la compilation propose des sons puissants et prenants s’envolant parfois pour des douces balades romantiques. Un album plein de surprises où on croise entre Lana Del Rey et André 3 000, des performances phénoménales, des titres inédits, et de nouveaux talents. Souriez, vous êtes filmez !

Partir en week-end en caravane

Pourquoi pas celle des Caravan Palace ? Quand on entend qu’une bande de jeunes français mélange le jazz manouche à la musique électronique, on a presque envie de crier au scandale, ou à la bêtise juvénile. Mais ceux-là ont relevé le challenge avec brio. Sa cote de popularité ayant flambé après le titre  Jolie Coquine, le groupe enflamme les scènes du monde pendant quelques années avant de se remettre en studio pour offrir «Panic» -n’ayez crainte, ce n’est qu’un titre, leur dernier opus. Des hymnes pétillantes, pêchues, gaies, du genre qui donne envie de se jeter habillé dans la piscine ! Suivies des balades édulcorées, un brin acidulées. Un album inratable qui embaume l’huile de Monoï !  

Danser, s’éclater, vivre en musique !

Un mystérieux morceau passe sur les ondes des radios marocaines depuis un moment, suscitant l’intérêt de tous. Certains usent de Shazam, d’autres appellent un ami, et heureux sont ceux qui découvrent enfin qu’il s’agit des Mélimane avec leur premier titre Music. Énergétique, étincelant, délicieusement funky, les gagnants de génération Mawazine nous font l’éloge de la musique qu’ils aiment. Une invitation à danser, un peu à la Jamiroquai, avec toute son âme et tout son corps ! Sur un fond résolument jazzy, scandé d’une belle performance à la guitare. Au-delà du tube de l’été, ce titre est un gage, une promesse : la scène marocaine regorge de talents, et ils ont bien l’intention de le crier sur tous les toits !