Mouna Hachim : « Le citoyen doit refuser le fait accompli, passer à  l’action »

Entretien avec Mouna Hachim,à‰crivain et fondatrice du site «Save Casablanca». Sur le groupe Facebook «Save Casablanca», quelque 8 000 internautes dénoncent, photos et vidéos à  l’appui, les déchets partout, l’ordre nulle part, les trottoirs illégalement occupés par les restaurateurs, les arbres déracinés, remplacés par des panneaux publicitaires, etc.

Avez-vous palpé des changements, un quelconque impact sur la ville ou les citoyens depuis la création du groupe ?

Le groupe est né de la volonté de ne pas assister passif à la dégradation de notre ville et de notre qualité de vie. Tous les moyens sont bons pour passer à l’action : le recensement des dysfonctionnements, l’information, la mise de chacun devant ses responsabilités… En l’espace de trois mois, le groupe s’est enrichi de l’apport de centaines de membres issus de tous horizons, apportant chacun son savoir-faire et sa vision. C’est ainsi qu’un site web a été créé, des propositions pour l’étoffer et le professionnaliser sont en route, ainsi que la collecte des doléances et leur envoi par mail, par fax et par lettre recommandée aux responsables dont les présidents d’arrondissement avec quelques réponses à l’appui et le règlement d’une question urgente de sécurité. Il serait illusoire de penser que l’impact se fait déjà sentir sur la ville mais il se fait assurément ressentir dans les esprits dans le sens de la prise de conscience qu’une politique citoyenne participative est à même de changer la donne avec un souffle d’espoir devant cette volonté ferme qui refuse de céder au fatalisme et de baisser les bras.

Comment un e-citoyen peut-il participer concrètement à la dynamique créée sur Save Casablanca ?

La diversité des compétences fait que l’un aide au niveau juridique, l’autre au niveau de la création du site… Mais généralement, le e-citoyen a le devoir de refuser le fait accompli, de mettre en avant les nuisances rencontrées et qui cadrent mal avec l’image carte-postale qu’on essaie de vendre. En signalant une défaillance et en la localisant dans l’espace, les responsabilités sont ainsi directement pointées. Il ne s’agit évidemment pas que de problèmes d’hygiène mais d’occupation de l’espace public, de déracinement des arbres, de sécurité…, bref de la gestion de la ville dans sa globalité.

Vous rejoignez le think thank lancé par le wali afin de participer au développement de Casablanca. Citez-moi quelques-unes de vos propositions concrètes et réalisables à court/moyen terme pour faire de Casablanca cette «ville de loisirs, de culture et d’histoire» dont nous rêvons tous…

Je le rejoins tout juste et y représente Save Casablanca. De ce fait, les propositions ne sont pas les miennes mais celles des membres du groupe, collectées dans le cadre de cette thématique. Si j’avais une proposition à faire et à développer à ce niveau, c’est celle de ressusciter tous ces centres culturels, bibliothèques, théâtres… dont la majorité est dans un piteux état, en optant pour un mode de gestion plus efficace.

Si un lieu pouvait résumer pour vous la déliquescence de Casablanca, un lieu dont la décrépitude vous chagrine particulièrement, quel serait-il ?

Toute la ville est dans mon cœur, le chagrin est incommensurable devant tout arbre arraché au Boulevard Racine, El-Massira ou Hay Moulay Rachid… Tout patrimoine menacé dans la Vieille-Ville ou ailleurs, toutes ces saletés qui n’épargnent aucun quartier, cette anarchie qui s’arroge le droit de planter d’énormes panneaux publicitaires à des distances indécentes les uns des autres ou de bouffer par des restaurateurs tout le trottoir… Un ensemble de choses qui fait que je ne me reconnais plus dans ma ville et que même à la plage, mon refuge, je ne peux marcher sans un regard sur les saletés ou les grignotages du domaine public en remerciant Dieu qu’ils ne sachent pas construire des complexes immobiliers sur l’eau…