Mohamed Mrabet : «Le festival international du raï d’Oujda dans sa sixième édition a attiré 600 000 spectateurs en 3 jours»

après la génération dorée des grands du rai comme Khaled, Mami, Faudel, Bilal…, l’éclosion de nouveaux talents tarde à  venir.

Quelles sont les nouveautés de cette sixième édition ?

Après 2010, édition consacrée aux musiques régionales, “Oujda célèbre les régions”, et celle de 2011 placée sous le thème du renouveau, l’édition 2012 est dédiée à l’ouverture aux autres. En effet, nous avons eu le privilège d’accueillir plusieurs troupes africaines qui ont animé les rues de la ville pendant toute la durée du festival. Une soirée du rire animée par Abdelkader Secteur et une pléiade de comiques régionaux ainsi qu’une nouvelle édition de raï académie ont complété le tableau.

Pourquoi avoir choisi le thème de l’ouverture aux autres ? Trouvez-vous que les Marocains se replient sur eux-mêmes ?

Le fait de choisir l’ouverture ne signifie nullement que le Marocain est replié, sur soi. Le Marocain a toujours aimé recevoir, accueillir et s’ouvrir aux autres. Il s’agit là d’une ouverture à d’autres civilisations et cultures, notamment subsahariennes, qui sont une composante indéniable de notre patrimoine identitaire. Cette démarche vient consolider et renforcer notre patrimoine culturel dont la richesse est plurielle.

En 1985, le raï est enfin reconnu à Alger. Dès lors démarre l’internationalisation de cette musique. Où en est-elle aujourd’hui ? Décrivez-nous les évolutions récentes du raï.

Depuis 1985, comme vous dites, la musique raï a connu une évolution certaine tant au niveau arrangements musicaux qu’au niveau paroles. Si les thèmes du raï sont éternels (l’amour, l’humanisme, la souffrance des petites gens, la “hogra”), la façon de les exprimer a évolué avec le temps. Par ailleurs, cette musique, pour survivre et se pérenniser, s’est mêlée et s’est mixée avec plusieurs autres genres musicaux (gnawa, reggada, charki, jazz et autres). Il est juste regrettable qu’après la génération dorée des grands du raï (Khaled, Bilal, Mami, Faudel…) l’éclosion de nouveaux talents tarde à venir.

L’édito du festival parle de budgets moindres que ceux dédiés à Mawazine ou à Gnawa. Combien coûte le festival international du raï d’Oujda ? Et comment faites-vous pour boucler votre budget ?

Si notre festival est classé deuxième au Maroc en termes d’affluence (plus de 600 000 spectateurs pour trois jours d’édition), il ne l’est sûrement pas côté budget. En fait, le budget du festival varie de 6 à 7 millions de DH, selon les années. Si les institutions y ont la part du lion, la part du secteur privé croît chaque année. Nous essayons de faire du mieux possible en rationalisant les dépenses et en cherchant chaque année de nouveaux sponsors.

Envisagez-vous d’étendre votre action culturelle sur toute l’année ? Pour une culture de proximité au quotidien ?

Notre action est déjà étendue sur toute l’année et ne se limite pas au seul festival. Si ce dernier constitue l’événement cultuel majeur, l’association Oujda Arts soutient, subventionne et sponsorise différents événements artistiques et culturels durant toute l’année (expositions d’arts plastiques, prix littéraires, musique ghernati, concours de madih). De manière générale, la mission que s’est assignée l’association est la promotion de la culture, de l’art et du patrimoine et d’en faire un vrai vecteur de développement de la région.