Mehdi Qotbi sort sa griffe

Peintre, conseiller culturel, consultant, Mehdi Qotbi ajoute une nouvelle corde à son arc, celle de dessinateur d’objets

Sa première exposition s’est déroulée il y a quinze jours.

En la soirée du mercredi 12 septembre dernier, la paisible rue Aïn Harrouda, à Casablanca, bordée de vitrines de luxe, s’anime inhabituellement. Cortège de voitures élégantes qui s’y garent, belles toilettes et costards cossus qui en descendent, pour se diriger vers la bijouterie «Mystère». Là, l’artiste Mehdi Qotbi expose les accessoires et bijoux qu’il a dessinés de sa main et estampillés, ce qui en fait des œuvres d’art. Ce sont des calligraphies, s’extasie une dame bon chic bon genre, brandissant un bracelet. Cet art sublime, qui a tant fasciné Qotbi avant qu’il ne se mette à en creuser le sillon fécond. Avec fièvre et bonheur.

Pour que l’art ne soit pas confiné dans des musées
Comme ses toiles, les objets dessinés par Qotbi se présentent comme des déliés d’arabesques inscrivant des récits, des mondes, des rêves, parmi lesquels on voyage par l’esprit. C’est sans doute la raison pour laquelle l’artiste a baptisé sa griffe «Art nomade». Lui-même est un nomade, par nécessité d’abord, par conviction ensuite, qui sait que «le nomade ne se met en marche s’il n’a pas une terre promise à laquelle rêver», ainsi que l’écrit Jacques Attali. Pétri d’une curiosité sans rivages, Mehdi a parcouru le monde, en a humé les muliples senteurs et capté les complexes humeurs, toutes sensations qu’il suggère, par le signe, dans ses dessins d’objets.

Ceux-ci, agrémentés des initiales de l’artiste en pleins et déliés sont des objets d’art, portés au poignet, au doigt ou autour du cou, en vertu du principe forgé par Qotbi selon lequel «l’art est bien trop vivant pour rester enfermé dans un musée.» L’art se mouvant librement dans la rue, scintillant dans les lieux de convivialité et se faufilant partout, voilà un vœu pieux de l’artiste, par lui-même désormais exaucé.

«On ne vous connaissait pas ce talent de designer», lance un architecte qui a pignon sur rue à l’artiste, lequel lui explique patiemment qu’il n’en est pas à sa première œuvre. A Paris, il avait été sollicité par Boucheron et Chaumet. Il a signé une montre, des boutons de manchettes, des carrés de soie et des cravates. Suivant ainsi l’exemple de Pablo Picasso, son modèle, qui dessinait des assiettes. Plus la nuit s’épaissit, plus les invités pleuvent. Rien que le dessus du panier. On prend le temps de contempler les objets, on s’enquiert du prix, certains font leurs emplettes. «Ce n’est pas cher pour ce que c’est», jette à la cantonade un avocat de la place. Les gâteries circulent, on ne s’en prive pas. Mehdi Qotbi croule sous les compliments. Il est aux anges. Il vient de relever un défi. Ce bout d’homme qui est parti de zéro pour arriver loin force le respect.