Mehdi Qotbi en toutes lettres

Deux ouvrages(*) viennent de paraître coup sur coup. Le premier, «Mehdi Qotbi, avant la lettre», explore la peinture du passionné de Monet.

Le second constitue une sorte de Qotbi par lui-même. Il y raconte sa vie.

S’emparer de sa propre vie, y compris de sa part ombreuse, pour en faire matière à récit, n’est pas à la portée du premier venu. Il faut d’abord posséder un destin, ce qui est l’apanage des heureux élus de toute éternité ; ensuite, jouir de la faculté de se mettre à distance de soi-même; enfin, pouvoir happer le lecteur de sorte qu’il ne lâche pas le livre avant de l’avoir épuisé.

A la lecture de Palette d’une vie, on s’aperçoit que Mehdi Qotbi ne s’est pas jeté à l’eau sans les viatiques nécessaires. D’une part, sa vie n’est pas une inexistence, mais une succession de passages et de repassages du destin, au début funestes, par la suite propices.

D’autre part, l’auteur pratique la pudeur avec méthode, nous épargnant les multiples contorsions du «je» qui émaillent souvent les autobiographies. De surcroît, le livre se lit avec un réel plaisir parce que Qotbi maîtrise l’art de narrer sans ennuyer dans une langue dépouillée de tous les oripeaux rhétoriques et de toutes les fioritures.

Dans Palette d’une vie, Qotbi se livre à une sorte de devoir de mémoire envers lui-même. Au début, il arpente le territoire de son enfance, au risque de réveiller les démons qui la hantaient. Défile ensuite son adolescence faillie, tout en errances sans espérance.

En quatre chapitres gustatifs, Qotbi revoit – par le menu – un passé que le quotidien risque d’ensevelir. Les évocations de rencontres ou de faits sont parfois entre-coupés de retour aux fantômes qui le cernent de sa présence, comme si l’auteur-narrateur rechignait à restituer son enfance et sa jeunesse d’une seule traite, et préférait procéder par petites touches glissées ici et là, à chaque déclencheur d’une réminiscence.

Le plus important c’est qu’on découvre dans Palette d’une vie un homme curieux, plein d’humour, modeste, qui évoque avec une grande simplicité ses chocs esthétiques, ses rêves fracassés puis exaucés, son attirance pour la poésie, ses amitiés somptueuses, ses lucides passions picturales que domine la figure de Monet.

Dans «Palette d’une vie», l’auteur pratique la pudeur avec méthode
De toutes les casquettes qu’il porte, Mehdi Qotbi préfère celle de peintre. Et c’est à la peinture que cet homme a dû son salut. Aussi, la sert-il avec dévotion, ferveur et talent. Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans Mehdi Qotbi, avant la lettre. Ce beau-livre se présente comme une visite guidée parmi l’univers pictural de l’artiste.

Par la voie iconographique l’ouvrage étant abondamment illustré ; par un florilège de témoignages reconnaissants troussés par des personnalités des arts et des lettres et un texte de François Delvoye qui interroge, enfin, la genèse de l’œuvre de Mehdi Qotbi et en reconstitue le cheminement.