Mehdi Qotbi célèbre les épousailles de la calligraphie et du masque africain

L’artiste expose une trentaine de tableaux à  Loft Art Gallery.
Ecrits et esprits, un retour aux sources.

«Dans mes œuvres, je me suis aventuré à traduire l’essence de la fusion des civilisations africaines et arabo-musulmanes. L’une s’est exprimée par le modèle du masque ; la seconde s’est perpétuée par la force de l’écrit. Plus qu’une fusion, j’ai voulu peindre une symbiose. Ces deux cultures n’en forment qu’une et c’est la mienne». C’est ainsi que Mehdi Qotbi annonce sa nouvelle exposition, «Ecrits et esprits», qui sonne comme une revendication identitaire ou, plutôt, un retour  vers la pureté originelle. Qotbi qui nous a habitués aux délices de la calligraphie, se lance dans une nouvelle recherche esthétique. Entrelacs d’écriture et de visages, traits simplifiés, figures dépouillées mais expressives, l’artiste mêle fascination du masque africain et mystère des lettres. De l’art primitif à l’art moderne, il n’ y a qu’un pas, il suffit de faire ressurgir le mythe. Qotbi le ressuscite tout en maintenant la cohérence plastique, il croise deux mondes qui se sont toujours côtoyés sans oser se regarder en face. L’art africain souvent représenté à travers le masque est sublimé dans cette rencontre avec la calligraphie arabe. Deux écritures, deux modes se superposent et se complètent. L’exposition met en scène cette évolution. L’œuvre de Mehdi Qotbi est qualifiée par le ministre français de la culture, Frédéric Mitterand, comme étant «elle-même un jeu mystérieux et ostensiblement supérieur avec la calligraphie, une manière de transcender le langage en faisant miroiter la poésie physique des lettres».
L’artiste prépare cette série de tableaux depuis deux ans. L’exposition est visible à Loft Art Gallery du 10 décembre  au 8 janvier 2010. Les œuvres sont à regarder de très près, car c’est dans le détail que se révèlent enfin les visages enfouis dans l’alphabet et les couleurs. A travers les traits figés des masques, un souffle de vie, on en deviendrait presque animiste !  
Tout en osant le mélange, Mehdi Qotbi a veillé au maintien de l’unité esthétique. Jeux d’aplats et de reliefs, d’écriture et de signes, l’exposition met en scène une histoire vieille de plusieurs millénaires. «L’Afrique a participé à la renaissance de l’art moderne et contemporain en inspirant les plus grands maîtres. Il est temps pour elle de vivre à son tour une renaissance par l’art», promet le peintre. Revisiter l’histoire, l’art, cela s’impose selon Ben Salem Himmich, ministre de la culture, «avec Ecrits et esprits, le peintre de la lettre s’attache à explorer un nouvel alphabet : celui des masques qui existait bien avant l’invention de l’écriture. Les masques africains sont un langage fascinant qui a contribué à révolutionner l’art moderne. Une simplification des traits suffit à incarner une âme». Cette construction nouvelle, inhabituelle dans la peinture marocaine, trouve son expression dans une série de trente tableaux. Qotbi en a déjà vendu deux avant même l’exposition. Pour ceux qui veulent une incursion dans un monde séduisant, voici une occasion à ne pas rater !
«Ecrits et esprits» au Loft Art Gallery du 10 décembre au 8 janvier 2010.