Mehdi Nassouli, un gnaoui à la conquête du monde

C’est avec le sourire indélébile aux lèvres et l’enthousiasme persistant que Mehdi Nassouli part à la conquête d’horizons nouveaux. Gnaoui dans l’âme, il s’est abreuvé de tous les arts dont regorge la tradition roudanie, avant d’embrasser la musique, avec un guembri libre…

Vous venez de terminer une belle tournée ramadanesque avec l’artiste Titi Robin, pour la promotion de votre album Taziri. Racontez-nous votre rencontre…

Notre rencontre s’est faite en 2009 à l’occasion du Festival Timitar. Titi Robin avait joué avec les artiste Bekkass et Foulane. Moi j’y performais avec un groupe de Brésiliens. Suite à cette rencontre, Titi Robin m’a invité pour jouer dans un album qu’il projetait de réaliser, avec 25 musiciens d’Inde, 25 musiciens de Turquie et 25 autres du Maroc. C’était en 2010, quand il me proposa de le rejoindre pour le live de cet album, avec un musicien turc et un indien. Nous avons sillonné le monde avec. En 2014, Titi me propose de réaliser un album à deux. Il a composé la musique et écrit les poèmes que j’ai traduits en arabe, avec l’aide de quelques amis. L’album Taziri est sorti en 2015 et a été programmé plus de 200 fois, avant d’arriver au Maroc, durant ce Ramadan.

Vous avez une année très riche en fusion. Des Indiens au Festival de Fès, des Espagnols au Festival Gnaoua, des Français maintenant. A quand un album qui rassemblera tout cela ?

Et un Cubain à Mawzine (Omar Sosa) ! En effet, ces collaborations avec des artistes du monde sont une bénédiction pour moi. A chaque projet, j’apprends énormément sur la musique et la culture de l’autre. N’est-ce pas cela même l’essence de la musique ? C’est un dialogue entre les âmes. Et puis, dès mon jeune âge, j’ai baigné dans la deqa roudania, la culture hmadcha, aissaoua,  houara, le melhoun. J’ai fait des lilas gnaouas lorsqu’il me fallait encore l’autorisation parentale pour jouer. Mais en rentrant, j’écoutais Metallica et Snoop Dog… Donc oui, pour répondre à la question, je veux bien réunir ces collaobrations dans un album, mais je termine d’abord mon premier album.

Qui sort quand ?

En septembre prochain. Ce sera un hommage à Taroudant où j’ai appris tout ce que je sais sur la musique. J’ai essayé d’y être fidèle aux musiques traditionnelles de Taroudant, tout en y appliquant ce que j’ai appris ailleurs. Il y aura du melhoun, du gnaoua, de la musique issaouie, des morceaux du terroir comme des compositions originales. Et je voudrais, avant tout, souligner l’identité africaine de tous les arts du patrimoine musical marocain, car cela me semble indispensable.

Lorsqu’on entend un gnaoui jouer avec un autre musicien, on a l’impression que la musique gnaoua ne bouge pas. Que ce sont les étrangers qui s’adaptent aux sonorités gnaouies. Pourquoi à votre avis ?

Si vous parlez des fusions qui ont lieu dans le cadre du  festival Gnaoua d’Essaouira, il ne faut pas oublier que ce festival tend d’abord  à valoriser la musique gnaouie et donc oui, les mâalems passent d’abord. Cela dit, il y a beaucoup de musiciens qui sont capables d’aller plus loin dans la collaboration avec les musiques du monde. Personnellement, tout en étant fortement imbibé par la culture gnaouie, j’utilise le guembri comme un instrument libre du registre auquel il est, le plus souvent, assimilé.

Mais alors la musique gnaouie a-t-elle une chance de se développer hors de ce carcan floklorique ?

Absolument. Nous avons les talents qu’il faut et il y en aura plus quand les instruments de tagnaouite seront enseignés dans les conservatoires de musique. Regardez la samba brésilienne par exemple. Cet art est issu de la même branche que Gnaoua. Ce fut un ensemble de performances acoustiques, accompagnant des rituels vaudous, originaires de l’Afrique noire. Avec le temps, la samba s’est débarrassée de la symbolique rituelle et s’est transformée en discipline enseignée partout dans le monde. C’est ce qui l’a sortie du folklore à l’universalité.

Vous ne cessez de rendre hommage au Festival Gnaoua qui vous a beaucoup aidé.

En effet, le Festival d’Essaouira a ressuscité la culture et la musique gnaoua, en lui accordant la place qui leur revenait dans le paysage artistique marocain. Pour les mâalems et pour moi, ce fut une aubaine de raviver l’amour des Marocains pour cet art. Mais j’aimerais également rendre hommage à un ami qui m’a soutenu dès mes débuts. C’est Brahim El Mezned qui  m’a toujours tendu la main depuis que j’ai eu 7 ans. Pour moi, c’est mon parrain.