Mawazine reprend son envol

Du 18 au 24 mai s’est tenue la
VIe édition de Mawazine

Elle
attira un public nombreux, qui fit
surtout la fête aux artistes arabes,
sans toutefois snober les autres.

Pendant que le feu d’artifice crépite dans le ciel de Rabat, par cette nuit étoilée du jeudi 24mai,Abdeljalil Lahjomri, maître d’oeuvre de Mawazine, savoure son bonheur. La VIe prestation de «son» festival laissera des souvenirs radieux, tant elle fut réjouissante. N’étaient deux ou trois faits regrettables, dont cette ouverture laborieuse et ce spectacle de Aïcha El Waad pleurant à chaudes larmes pour avoir été prise à partie par une bande de rabat-joie, elle aurait atteint les sommets. Rien d’étonnant quand on sait que cette édition avait été voulue comme celle du renouveau d’un festival qui commençait à piquer du nez.

11,5 MDH de budget, 33 sponsors, sept scènes

Dans cette optique, la distribution avait été revue, les parrains très courtisés (33 cette année) et le budget majoré. Pas moins de 11,5 MDH,dont le premier tiers a été destiné au cachet des musiciens, le deuxième à l’équipement des scènes et le troisième à la logistique. L’éclairage et la sonorisation étaient les points faibles deMawazine. On y remédia pour le confort d’un public venu en masse se faire plaisir. Du plaisir, il en recueillit à satiété, d’autant que les artistes s’acquittaient de leur tâche avec un zèle inouï. A l’image du virevoltant rappeur, Abd Al Malik, qui embrasa littéralement les planches du théâtre MohammedV.

Mais si aucun musicien n’a été boudé, ceux d’origine arabe faisaient invariablement le plein. Le jeune et néanmoins célèbre Khaled Selimattira quelque 60 000 spectateurs, sa compatriote, l’égyptienne Amal Maher, à qui on pardonna volontiers son retard d’une heure, réalisa le même score. Le sublime violoniste palestinien Jihad Akl fit tirer des larmes à un public innombrable. Mais ce sont les Marocains qui décrochèrent le pompon. Particulièrement Hajja Hamdaouia, dont la voix puissante n’a pas pris une ride, Naïma Samih, qui cassa la baraque par sa voix délicieusement éraillée, et le groupe Laâbi, incomparable dans sa faculté de passer d’un registre à l’autre avec une égale aisance.

Un des mérites de Mawazine VI fut de mettre en lumière les anciennes gloires de la chanson marocaine, manière de démontrer que les Hajja Hamdaouia, Naïma Samih ou le groupe Lemchaheb ne sont pas seulement des reliques respectables mais aussi des artistes au talent inoxydable. Des instrumentistes, qu’on avait perdus d’ouïe, eurent aussi leur part de gratitude, dans la section «Takassim». Pendant ce temps concouraient, dans Génération Mawazine, dix jeunes artistes, pour trois places sur le podium. Elles revinrent aux groupes «The Stunt Boys», «Hakmin» et «Mayara Fusion». Leurs trophées leur furent remis sous l’oeil attendri de Hajja Hamdaouia. Tout un symbole.