Mawazine, grandeur nature

C’est une 11e édition qui marque la maturité de Mawazine et en fait un événement incontournable dans nos agendas. Lumière sur les ambiances qui bercent Rabat depuis une semaine.

Et si on commençait cet article par deux aveux ? Le premier est que je me suis toujours targuée de mon désamour pour Mawazine, friande de plus «authentique». Le second, c’est qu’aujourd’hui j’ai changé d’angle de vue. Je m’explique. Les années précédentes, je voyais, peut-être comme vous, Mawazine comme une jungle à musiques et à polémiques. Et je vous rassure, cette année, Mawazine n’a pas changé. Cependant, il a mûri, il a grandi et a gagné en «profondeur».

Tout d’abord, ce n’est plus un si méchant budgétivore, vu son nouveau modèle économique qui lui assure son autofinancement. Ensuite, Mawazine reste une jungle musicale ! Et c’est tant mieux, finalement ! Une jungle plus affirmée, plus assumée, et donc plus séduisante ! Si on lui reprochait d’être trop «grand», de s’adresser à un public trop «large» et de favoriser l’industrie à la culture, aujourd’hui, il est temps de se rendre à l’évidence : c’est exactement ce qui définit Mawazine. Un festival international qui se veut gigantesque, qui fait migrer les Marocains vers la capitale et les garde éveillés jusqu’à pas d’heure, même un soir de semaine ! Rendons à César ce qui appartient à César : les scènes sont incroyablement belles, les artistes nationaux et internationaux défilent tout naturellement, et surtout, c’est peut-être le seul événement qui, malgré avoir «positionné» chaque scène sur un «segment» selon le genre musical, réussit à réunir dans le même public des familles maroco-marocaines, des ados aux cheveux colorés, des dreadlocks perlés, des touristes bronzés et des mélomanes confirmés ! Avec le sourire et sans aucun incident intergénérationnel ! Et ça, ce n’est que du bonheur ! D’année en année, chaque scène affirme sa couleur musicale et acquiert son propre public. Tour de piste des scènes (et ambiances) du festival.

Chellah : l’escale de rêve

Quand des perles de l’Est s’invitent chez les Mérinides, la mystérieuse nécropole de Rabat se dévoile sous une lumière tamisée et le public en est totalement envoûté. Au cœur de la cité du Chellah se dresse la fabuleuse scène de Mawazine. Cette année encore, elle n’a aucunement failli à sa réputation et a abrité des concerts empreints d’authenticité, menés par la main de fer des techniciens et enveloppés d’un gant de velours par ces artistes de l’Est. Étaient présents : l’Inde, l’Iran, la Chine, la Turquie, la Russie. Moments forts : l’Afghane Farida Mahwash qui redessine les remparts du Chellah par ses mélopées romantiques, en véritable Oum Kaltoum contemporaine ou simplement intemporelle !

Théâtre Mohammed V : de l’intime, pour les connaisseurs

Qu’on soit Rbati ou moins Rbati, on a tous une soirée au théâtre Mohammed V dans le cœur. Salle incontournable de la vie culturelle et artistique de la capitale, elle a accueilli des pointures peu connues mais non moins reconnues mondialement, le tout dans cette ambiance intimiste qu’on aime tant. A ouvert le bal avec charme et élégance, la diva Gloria Gaynor, dont les titres n’ont pas pris une ride ! Suivi du violoniste britannique Nigel Kennedy, de la sensuelle et envoutante Imany, qui nous fait un peu moins regretter l’annulation du concert de Jane Birkin, qu’elle remplace. Et on succombe, comme prévu, au génie de la trompette, Ibrahim Maalouf ! Époustouflant, et la semaine n’est pas finie !

Scène de Salé : le Maroc à l’honneur

Sur la plage de Salé, entre les footeux du dimanche, les motivés du jogging et les amoureux du coucher de soleil, se dresse majestueusement une scène en plein milieu du paysage : bienvenue sur la scène de Salé ! Ici, le fief des artistes marocains toutes générations confondues, des précurseurs aux émergents ! On a pu y applaudir de Mazagan à Hassan Megri, en passant par Aziz Sahmaoui, Nabila Maan et tant d’autres. L’heure était aussi aux hommages, au très regretté Rouicha par son fils, et au défunt Mohamed Sousdi, par Lamchaheb.

Bouregreg : du rythme, à l’africaine !

Sur l’autre rive, on la voit, cette jumelle de la scène de Salé. Celle du Bouregreg, offrant une vue imprenable sur la Kasbah des Oudayas. Ambiance rouge, vert, jaune, l’Afrique est à l’honneur. Et dès qu’on y arrive, on se prend au jeu de la «cool attitude». Le premier soir, les Magic System ont mis le feu avec leur zougoulou, puis l’ambiance s’est assagie pour se draper de toutes les singularités de la musique africaine : du rythme, de la sagesse, et avouons-le, beaucoup de sensualité !

OLM Souissi : la folie des grandeurs

A Mawazine, il y a deux genres de festivaliers : ceux qui évitent l’OLM Souissi et ceux qui y campent ! La grandeur de la scène a tendance, paradoxalement, à effrayer. Mais l’énormité des stars qui s’y produisent en encourage plus d’un, généralement les jeunes ! Les gros cachets défilent devant un espace payant qui ne désemplit jamais. LMFAO, Pitbull, Evanescence, Jimmy Cliff, Scorpions, Lenny Kravitz, Cheb Khaled, des stars mondiales, pour tous les goûts, pour tous les âges !

Nahda : l’Orient express !

La musique arabe a son adresse : l’espace Nahda. En seulement neuf jours, on a pu croiser les plus grandes étoiles du moment : Nancy Ajram, Yara, Fadel Chaker, Hany Shaker… Et des milliers de femmes (et d’hommes) en furie devant leurs idoles !