Marrakech : The Gates of History

On commence par Bab Ilane, point de départ de l’itinéraire, l’on passe par les mausolées de Cadi Ayyad et de Moulay Ali Cherif, la mosquée de Sidi Ayoub, Sabtiyine, Aarsat Bensalah, le musée Ben Saleh, les hôtels Kabbaj, Al Chamaa, El Ouarzazi, Moulay Abdellah, Ould Allal Baqchach, Selhem, Zayat, la Route Ahl Fès, l’hôtel Zniber et l’école Ben Youssef.

C’est l’été et les vacances sont déjà là pour certains. Amateurs de découverte et d’aventure, ils aiment bien connaître les fins fonds de certaines villes impériales du Royaume. A ce niveau, Marrakech passe pour une destination privilégiée.

Ainsi, partant de Bab Ilane, point de départ de l’itinéraire, l’on passe par les mausolées de Cadi Ayyad et de Moulay Ali Cherif, la mosquée de Sidi Ayoub, Sabtiyine, Aarsat Bensalah, le musée Ben Saleh, les hôtels Kabbaj, Al Chamaa, El Ouarzazi, Moulay Abdellah, Ould Allal Baqchach, Selhem, Zayat, la Route Ahl Fès, l’hôtel Zniber et l’école Ben Youssef.

L’on visitera, au passage également des projets en réalisation dans le cadre de l’itinéraire touristique en partance de la place Ben Youssef jusqu’à Dar Al Bacha en passant par les hôtels Haj Taher et Al Bacha, l’école Sidi Abdelaziz, les hôtels Kharbouche, Al Mizane, Tadlaoui et Dar Al Bacha…

Cela ne donne toutefois pas une idée à la mesure de la grandeur de la ville ocre. Notre guide, nous a ainsi proposé de longer les grandes murailles de Marrakech et de découvrir ses différentes issues conçues dans le respect des points cardinaux. On a ainsi pris, comme point de départ, Bab Ahmar.

Bab Ahmar

Bab Ahmar,ou la porte rouge, est située aux abords du Mellah. Composée de quatre ouvertures, deux piétonnes et deux réservées aux véhicules, elle est construite sous une habitation et fait plusieurs mètres de largeur. Construite par les Alaouites au 18e siècle pour l’usage exclusif du Sultan pour se rendre au palais. Bab Ahmar donne aujourd’hui accès au méchouar extérieur, au méchouar intérieur, immense place où se déroulaient des fêtes religieuses, et à Dar El Makhzen qui a été bâtie par les Almohades puis agrandie par les dynasties suivantes. Au début des années soixante, Dar El Makhzen a été restaurée par feu SM Hassan II et est ainsi devenue un palais royal.

Après ces explications, la balade découverte a commencé, en dépit de la chaleur, la marche était beaucoup plus une partie de plaisir qu’une course. Le guide s’est révélé d’ailleurs un bon orateur et parlait de faits historiques qui faisaient oublier la longueur du chemin parcouru, jusqu’au moment où il montra une autre grande et imposante porte. Ici, nous sommes face à Bab Aghmat

Bab Aghmat

C’est le nom de la première capitale des Almoravides avant la fondation de Marrakech et c’est par là qu’ils pénétrèrent dans Marrakech après un long siège en 1147. De cette porte on peut se rendre au marché des potiers se trouvant sur la route de Ouarzazate. Bab Aghmat, a-t-il encore précisé, tient son nom de l’ancienne capitale du Haouz, avant la fondation de Marrakech.

 

Le nom de cette porte fait aussi référence à Aghmat, foyer des Berbères qui peuplèrent Marrakech. Et le récit se poursuit sur le quartier avoisinant, la vie dedans, le marché, les traditions… Et nous voici face à une autre entrée de Marrakech : Bab Ilane

Bab Ilane

Bab Ilane ou Aylan est l’autre porte orientale de la ville, au sud de Bab Debbagh. Elle est nommée d’après la tribu disparue des Aylan (orthographié Haylana en arabe), qui faisait partie de la confédération berbère Masmuda et dont la capitale était l’ancienne cité d’Aghmat Aylan. Cette porte a été le site de la bataille d’al-Buhayra en 1130 au cours de laquelle les Almoravides ont repoussé un assaut des Almohades (la bataille a été nommée d’après un jardin, «Buhayrat Al-Raka’ik», qui était situé à cet emplacement, tout près des portes orientales de la ville).

La porte almoravide d’origine avait un simple passage coudé (c’est-à-dire tournant une fois à 90 degrés) situé dans un bastion sur le côté extérieur des remparts. À une date indéterminée postérieure à la période almoravide, un autre passage coudé a été ajouté au niveau du côté intérieur de la porte, de sorte que l’on pénètre dans la porte par le sud, tourne deux fois et pénètre dans la ville face au nord. A mesure qu’on approchait d’une autre imposante porte, ça commençait à sentir fort. Cette odeur du cuir laissait comprendre que des tanneries ne sont pas bien loin. C’est ce qu’expliqua le guide, en effet, en annonçant le nom de la porte. Nous voilà devant Bab Edbagh

Bab Edbagh

Bab Edbagh est la plus septentrionale des deux portes orientales de la ville, datant de la période almoravide. Son nom signifie «Porte des tanneurs» et fait référence aux tanneries voisines qui sont situées à ce même emplacement depuis la période almoravide. A la disposition la plus compliquée de toutes les portes, le passage de Bab Adbagh se courbe 5 fois, décrivant un sentier sensiblement en forme de S, en passant par deux cours en plein air et une salle couverte.

Les érudits pensent cependant que seule la partie centrale de la porte (la chambre voûtée) est d’origine. Ainsi, la porte aurait présenté initialement une simple entrée coudée (c’est-à-dire qu’elle ne tournait à 90 degrés qu’une seule fois) à laquelle les Almohades auraient juxtaposé les deux sections de cour intérieure et extérieure. Un escalier dans le coin sud-est de la structure donne accès au toit de la porte… Ces récits historiques et ces données architecturales font certes oublier et la longueur du chemin parcouru et la fatigue due à la marche mais c’est surtout cet amour de la découverte qui prévaut dans cette balade qui nous a menés ensuite à Bab Lakhmiss…

Bab Lakhmiss

Située au nord-est de la ville fortifiée, cette imposante porte a été édifiée par le Sultan Moulay Ismaïl en1098(H) et portait autrefois le nom de Bab Fas. Elle était l’entrée principale de la ville des jardins (Madinat Ar-ryad El Anbari, cité du jardin de l’ambre) et de l’ancien Mellah.

C’était en effet la porte la plus septentrionale de l’ancienne ville, et elle constituait naturellement le point de départ privilégié vers Fès, autre grande capitale impériale du Maroc, que ce soit d’ailleurs via l’itinéraire intérieur de Tadla ou via l’itinéraire côtier. Ce nom semble disparaître progressivement sous les Mérinides. Ibn al-Mu’aqqit indique , quant à lui, dans «Al-Riḥla al-Murrākušiya», que la porte était connue sous le nom de «Bab cheykh Abi Al Abbas Assabti», en référence au plus vénéré des sept saints de Marrakech, Abou al-Abbas Assabti, dont la Zaouia se situe non loin de la porte. Ce n’est qu’au XVIIIe ou au XIXe siècle que la porte a pris le nom qu’on lui connaît aujourd’hui, du fait qu’un souk s’y tenait chaque jeudi «Souk Lakhmiss».

Sous le règne du Sultan Moulay Slimane, la porte a connu, en 1803, une rénovation conséquente. Au tout début du XXe siècle, le mur séparant la première et la dernière chambres a été démoli afin de faire de Bab El Khemis une porte simple (dépourvue de coude), de manière à fluidifier la circulation, très dense les jours de marché. Ce dernier, autrefois marché aux dromadaires, joue, depuis le XIXe siècle, un rôle important d’interface commerciale entre Marrakech et les paysans de la région. Depuis le milieu du XXe siècle, Souk Lakhmiss s’est imposé comme le marché aux puces ou «joutiya», la plus emblématique de la ville.

La fatigue s’était vraiment emparé des randonneurs et du guide aussi, il faut le dire et l’on décide alors de poursuivre la balade en «Calèche». L’emblématique «Koutchi» de Marrakech, ville dont d’ailleurs la visite demeure incomplète et peu authentique si elle n’est pas faite via cet antique moyen de transport. Ce dernier nous déposa, comme demandé par le guide à Bab Doukkala.

Bab Doukkala

Située au nord-ouest de la Médina, Bab Doukkala fait partie des portes majeures de l’ancienne ville. Elle compte également parmi les plus anciennes, puisque son existence est attestée depuis l’époque Almoravide. Par extension, Bab Doukkala est également le nom du quartier voisin de la porte, quartier dont l’axe principal et la mosquée principale portent le même nom. La porte tient en effet son nom du fait qu’elle conduisait vers le pays doukkala, région qui, jusqu’au XVIe siècle, dépassait largement les frontières de la plaine d’El Jadida, désignant plutôt une vaste contrée située au nord du Tensift comprenant les actuels régions de Chaouiya, Echiadma, Erhamna et Essraghna. C’est ainsi que Bab Doukkala n’a cessé d’être une des portes les plus importantes de la ville.

La percée moderne, composée de deux percées pour le trafic automobile et deux autres plus petites pour les piétons, est située à 50 mètres au sud-ouest de la porte fortifiée. Elle date du milieu du XXe siècle. L’imposante porte de Bab Doukkala présente une structure interne unique en son genre à Marrakech en double coude, dit en baïonnette. Elle est encadrée de deux bastions carrés sensiblement dissemblables, le bastion sud-ouest étant plus grand que le bastion nord-est. La porte à double ventail donne accès à un vestibule surmonté d’un plafond à quatre pentes. Un escalier accessible depuis l’entrée intra-muros et courant à l’intérieur du mur sud-ouest permet d’accéder à la terrasse. La structure de la porte est en béton (des traces de coffrage sont encore visibles) et le parement interne, ainsi que les arcs sont en briques.

Bab Laârissa

Bab Laarissa est également connue sous le nom de Bab Al-Arais («Porte des fiancés «) et anciennement Bab al-Raha (porte du «repos» ou de «bien-être»), est l’autre porte ouest de la ville, située au nord de Bab El Makhzen dans un angle formé par les remparts. Comme Bab El Makhzen, la porte est flanquée de tours octogonales et avait à l’origine un simple passage courbé (tournant à 90 degrés vers le nord), mais a depuis été modifiée.

Elle a été murée au début du XXe siècle mais dispose aujourd’hui d’une ouverture simple par laquelle passe une route. A l’origine, la porte remonte à la période Almoravide à laquelle remonte également la porte visitée par la suite : Bab Al Makhzen.

Bab El Makhzen

Bab El Makhzen est l’une des portes ouest de la ville, et est située à l’ouest de la mosquée Koutoubia. Elle a probablement été nommée ainsi du fait de la présence non loin du premier palais Almoravide, le «Ksar Al-Hajar». La porte est flanquée de tours octogonales et a été profondément remaniée.

Elle avait à l’origine un simple passage coudé (esquissant un virage à 90 degrés vers le nord) mais la guérite a depuis disparu et il ne reste aujourd’hui qu’une simple ouverture. Au début du XXe siècle, la porte était murée et fermée, mais aujourd’hui une route la traverse. Non loin, nous nous rendions à Bab Robb

Bab Robb (ou Bab Nfis)

Tandis que des historiens pensent que Bab Er-robb est d’origine Almohade (contemporaine du règne de Yaâcoub Al-Mansour) en raison de son emplacement par rapport à la kasbah Almohade, un autre historien Quentin a récemment soutenu que son emplacement dans le schéma plus large de la ville suggère qu’il s’agissait d’une porte Almoravide originale.

Tous deux croient que Bab N’fis, une autre porte décrite dans des sources historiques et nommée d’après la rivière N’fis (ou N’fis) à l’ouest de Marrakech, était très probablement un autre nom désignant la même porte.

La structure principale de la porte est formée par un bastion à l’intérieur duquel un passage courbé entre par le nord, effectue un demi-tour à 180 degrés, puis ressort à nouveau au nord. Aujourd’hui, les murs de la zone ont été déplacés autour du bastion de la porte de telle sorte que les deux entrées de la porte, qui font face au nord, s’ouvrent à l’intérieur des murs de la ville. Lorsque la porte a été étudiée en 1912, le mur de la ville avait une configuration différente. Plutôt que de se fixer sur le côté de la guérite, il s’insérait au milieu de la façade nord de la porte, entre les deux portes, de sorte que la gauche ou la porte est se trouvait à l’extérieur des murs de la ville, tandis que celle de droite ou de l’ouest se trouvait à l’intérieur des murs. Étant donné que les deux entrées faisaient toujours face au nord, les voyageurs venant du sud, en dehors de la ville, devaient contourner le bastion pour y entrer par le nord.

En raison de cette configuration inhabituelle, et sur la base de comparaisons avec d’autres portes de la ville, on a émis l’hypothèse que les remparts de la ville dans cette partie de la ville ont été modifiés et déplacés autour de la porte de telle sorte que les entrées étaient inversées: la porte orientale, qui était l’entrée extérieure en 1912, était à l’origine situé à l’intérieur des murs de la ville, tandis que la porte ouest (l’entrée intérieure en 1912) était à l’origine à l’extérieur des murs de la ville. Ainsi, le bastion de la porte chevauchait le mur de la ville et sa conception était semblable à la configuration d’origine de Bab Aghmat, l’autre porte sud de la ville. Pour ce qui est du nom, il est précisé que le mot Robb fait référence à un type de vin cuit confectionné dans les vignobles du bassin de l’oued Nfis (vignoble qui existe toujours autour de Loudaya). Du fait de la licéité litigieuse de cette boisson, l’approvisionnement de Marrakech en robb était strictement contrôlé et n’était officiellement autorisé que via cette porte. Et la tournée prit fin aux abords d’une autre porte tout aussi historique que les autres, en l’occurrence Bab Laqssiba.

Bab Laqsiba

Laqsiba, ou «Petit-Fort» est le nom deonné à cette porte qui a été construite à l’époque Almohade et dont le but était de donner accès à l’extrémité sud du quartier de la Kasbah de la médina, la première citadelle des Sultans du Maroc. Avec Bab Agnaou, Bab Laqsiba, donne accès à la kasbah royale dans la partie sud-ouest de la médina de Marrakech, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Bab Laqsiba est toutefois une petite porte ouest du quartier de la kasbah. Il s’agissait de l’entrée d’une autre petite kasbah attenante à la kasbah principale de cette zone pour protéger le versant ouest du Grand Mechouar et le quartier Derb Chtouka.

On ne connaît pas précisément la date de construction de cette porte mais l’on sait qu’elle existait au début du XIXe siècle et a peut-être été construite sous le Sultan Mohammad ben Abdallah au XVIIIe siècle, mais ne faisait presque certainement pas partie de la kasbah Almohade d’origine. Marrakech renferme en son sein une multitude d’autres portes «intra muros», toutes aussi pleines de sens et de données historiques et pour prolonger le plaisir, nous avons convenu avec notre guide un rendez-vous pour le lendemain afin de repartir à la découverte de ces portes et à travers elles de la médina de Marrakech et de ses murs pleins d’histoires mythiques et de faits historiques qui font la grandeur et le charme de cette belle vieille cité des «Sabâatou Rijal», j’ai nommé Marrakech.