Marrakech : hommage aux maîtres et soutien aux apprentis du cinéma

Du 1er au 9 décembre se tiendra la VIe édition du Festival international du film de Marrakech.
150 films représenteront 16 pays, certains inattendus comme la Roumanie
ou la Malaisie. Une première : le Maroc présentera deux films !
Ouverture aux talents émergents, ateliers de formation, cette édition
veut servir une seule cause : le cinéma. Un bon cru en perspective.

«Trop de films !», ne manquera pas de s’exclamer le futur festivalier à  la consultation du programme de la VIe édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM). Et il se voit ahaner à  force d’arpenter Marrakech dans tous les sens. Et il s’imagine hagard devant la multiplication des projections, l’inflation des titres, la course à  l’événement. Mais c’est justement grâce à  cette succession accélérée de styles et de cinématographies qu’il sera, malgré la fatigue, en état de réceptivité aiguà«, propre à  mieux comprendre le monde et le cinéma. Le Festival de Marrakech ne se pose pas comme une luxueuse chasse aux diplômes, un «bachotage» de palmes et de prix, il se veut essentiellement une célébration du 7e art sous toutes ses formes, o๠chacun, créateur et spectateur, peut trouver l’épanouissement qui lui convient.

Choix délibéré d’un cinéma créatif dans la sélection officielle
C’est dans ce dessein que Marrakech met le festivalier dans l’embarras du choix. Pas moins de 150 films, un voyage parmi les cinématographies du monde qui lui est généreusement offert. Quelques-unes d’entre elles n’étaient pas attendues. Ainsi celle de la Roumanie (Hirtia Va Fi Albastra, de Radu Muntean), de Malaisie (Before we fall in love again, de James Lee), du Brésil (Casa De Aria, de Andrucha Waddington) ou de la Thaà¯lande (Dek Hor, de Songyos Sugmakanan). Ce qui nous promet la joie de découvrir des continents o๠le cinéma commence à  sortir de l’ombre et des cinéastes qui font du cinéma dans des pays o๠il n’y en avait pas.

Seize pays sont représentés dans la sélection officielle (films en et hors compétition). Avec un bonheur
inégal. La part du lion échoit à  la France (5 films), les Etats-Unis sont bien lotis (3 films), l’Italie et le Maroc font bonne figure avec deux films, le Canada, le Danemark, l’Espagne, la Roumanie, l’Allemagne, la Thaà¯lande, le Brésil, la Malaisie, l’Iran, l’Espagne, l’Egypte, l’Inde se contentent d’une seule présence.

Une suprise de taille : l’absence de la Grande-Bretagne, habituée aux meilleures loges de la sélection officielle du FIFM. Une autre qui nous échauffe le cÅ“ur : l’entrée du film marocain dans la cour des grands, par le truchement de Wake-up Morocco et What a wonderful world, qui ont les honneurs de la section «films en compétition». Honni soit qui mal y pense, le choix de ces deux films n’est pas imputable à  une quelconque complaisance de la commission de sélection, mais à  leurs qualités intrinsèques, nous assure-t-on. Du reste, leurs réalisateurs, Narjiss Nejjar et Faouzi Bensaà¯di, dont le savoir-faire est incontestable, ont déjà  participé au Festival de Cannes. Une référence.

15 chefs-d’Å“uvre des maà®tres italiens pour les nostalgiques
Conformément à  la règle fixée par le FIFM, tous les films en compétition sont inédits, tous sont l’Å“uvre de cinéastes indépendants. Ce qui affirme, encore une fois, le peu de cas que font les concepteurs du festival des superproductions aussi coûteuses que présomptueuses, et leur préférence pour un cinéma authentiquement créatif confectionné par des talents émergents, voire de véritables révélations, qui inventent ou redonnent des couleurs inédites aux schémas connus.

35 MDH (5 de plus qu’en 2005) pour réussir la fête
Les films en compétition proposés cette année sont-ils d’un niveau honorable ? Difficile de se prononcer, faute de les avoir visionnés. Mais que l’on se rassure, le FIFM a toujours eu la main heureuse, ainsi qu’en témoigne le précédent cru. Le film kirghize Saraton, mitonné par le débutant Ernest Abdyshaparov, était un diamant noir, Bab Al Makam, C.R.A.Z.Y, Alex, Chinaman ou The Ballad of Jack and Rose se révélèrent des petits bijoux.

C’est devenu une habitude, mais on ne s’en lasse pas, Bollywood s’invite à  Marrakech (voir en page suivante). Le cinéma indien a fait sa mue, pris des teintes anglo-américaines. Preuve en sera apportée par quatorze Å“uvres couvrant la décennie 1996-2006, tissées par une nouvelle génération de metteurs en scène et servies par de jeunes acteurs, dont l’élégant duo Khan-Rai. Parmi les réjouissances, un autre morceau de choix, sous forme de plongée dans le cinéma italien d’antan, de 1945 à  1962, période o๠ce cinéma brillait de mille éclats, avec ses Vittorio De Sica (Le voleur de bicyclette), Roberto Rossellini (Rome, ville ouverte), Giuseppe De Santis (Riz amer), Federico Fellini (La dolce vita)Â… Quinze chefs-d’Å“uvre absolus qui nous feront regoûter à  la saveur d’un temps cinématographique o๠on créait des Å“uvres d’art et non des produits.

Le rayon des hommages sera bien garni . Rien que du haut vol. En tête, la sublime Susan Sarandon (Oscar de la meilleure actrice en 1995), l’imposant acteur marocain Mohamed Majd, le prolifique cinéaste égyptien Tewfik Salah et le jeune et prometteur réalisateur chinois Jia Zhang-Ke, auteur de Unknown pleasures, un film tourné sans autorisation, qui dépeint le passage déboussolant du collectivisme à  l’économie de marché dans la Chine nouvelle. La présence du chef de file de la nouvelle vague du cinéma chinois est un symbole. Chantre de la liberté, il prône un art délivré des pesanteurs normatives. Tout à  fait dans l’esprit du FIFM.

Mais sans une nuée d’étoiles, leFIFM serait bien terne. Cent cinquante d’entre elles avaient illuminé la Ve édition, on en annonce le double cette année. Soirées brillantes et nuits de velours ponctueront cette dizaine de journées. Le FIFM, prévoyant, a consacré 35 MDH (5 de plus qu’en 2005) à  cette édition. On ne lésine pas sur les dépenses, quand Le Caire et Dubaà¯, dont les festivals coà¯ncident fâcheusement avec celui de Marrakech, risquent de lui faire de l’ombre.

Martin Scorcese, avec son film The Departed, sera l’une des grosses pointures invitées à  la VIe édition. Il ne viendra pas pour la montre mais pour animer le master class lancé l’année dernière par le FIFM, en partenariat avec Tribeca Film Institute, au bénéfice des apprentis cénéastes. Cette heureuse initiative montre que le FIFM ne fait pas qu’enfler, dans la bonne acception du terme, mais se métamorphose aussi. En s’ouvrant aux cinématographies qui n’ont pas pignon sur écran, en programmant des cinéastes peu connus, en mettant en scène ses hommages avec plus de chaleur que de pompe, en organisant des ateliers de formation, Marrakech veut servir une cause unique : le cinéma, et son foisonnement. N’est-ce pas là  la mission de tout festival de cinéma qui se respecte ?