L’orchestre des aveugles

Lors de la 14e édition du Festival international du film de Marrakech, le réalisateur marocain Mohamed Mouftakir a séduit le public par son dernier film «L’orchestre des aveugles».

S’il n’a pas figuré dans le palmarès de la 14e édition du Festival international du film de Marrakech, le film de Mohamed Mouftakir a de beaux jours devant lui. L’ovation faite par le public du festival et l’accueil chaleureux des médias en témoignent.
L’orchestre des aveugles, tiré de l’histoire personnelle du réalisateur, ne se démarque pas par une histoire extraordinaire et l’on est bien loin de la «prétention» de Pégase, le bel antécédent de Mouftakir. Toujours est-il que le film dans son ensemble mérite bien sa place dans la sélection d’un festival international.

Un témoignage parmi d’autres

Le film est une autre histoire des années de plomb, où la nostalgie de Mère France et l’amour aveugle pour HassanII brouillent la clairvoyance quant à la réalité du pays et de la nature de la situation pendant cette période. Nous suivons le narrateur, un enfant qui observe le monde et découvre la vie à travers les activités de son père et de ses musiciens qui n’hésitent pas à se faire passer pour des aveugles pour animer des fêtes de femmes, ou encore celles de son oncle qui incarne la résistance à l’ordre établi et au conformisme politique, social et même artistique. L’orchestre des aveugles c’est aussi une histoire d’amour, parce qu’il en faut bien une. On vit alors les premiers émois d’un enfant émerveillé par la jolie petite bonne de la maison d’à côté. Il lui déclame la poésie de son oncle, les mots doux de son père, déclarés dans le noir à une maîtresse. Tout autour de notre petit apprenti  de la vie, la famille et l’entourage offrent un environnement riche en histoires et en secrets. Amour et trahison, traditions et progressisme, nationalisme et révolte, autant de luttes ponctuent le train-train quotidien de la famille Bidra.
Nous retenons également l’ode à la musique Chaabi qui à l’époque n’est pas considérée avec respect. Indigne des ondes de la radio nationale, elle continue à évoluer dans les fêtes et les mariages, avec une image des chikhates frôlant la légèreté et un dédain évident pour le métier de musicien.  

Côté casting

Au premier coup d’œil, pas de surprise côté casting. Mohamed Mouftakir choisit de travailler avec des noms confirmés et l’on est en droit de le soupçonner d’opter pour la facilité. Pourtant, le jeu d’acteurs traduit une excellente maîtrise du réalisateur. Une grande retenue s’exprime dans l’interprétation des uns et des autres. L’on verra une Mouna Fettou à la présence volontairement effacée, un Fahd Benchemsi moins nerveux, plus réfléchi pour les besoins d’un personnage révolté mais intellectuel.
Younes Mégri lui-même paraît sous un nouveau jour, bien plus flatteur que d’habitude. Chaque membre de l’orchestre jongle du burlesque et du tragique, sans sombrer dans la caricature ou le drame. Mais que serait le film si l’on n’avait pas déniché le petit Bidra ? Une pousse d’acteur aussi beau que talentueux, dont les rêvasseries donnent du volume aux choses simples de la vie.