L’homme qui voulait ressusciter Casablanca

Rachid Benbrahim Andaloussi, superstar de l’architecture marocaine, a enfin sa monographie signée Jamal Boushaba. Paru aux éditions Revue Maure, l’ouvrage raconte l’homme, son parcours et son engagement.

« Je me considère comme un artisan. Je suis un laborieux», confie assez modestement celui qui a tâté de tout et dont le nom s’étale partout, sur les panneaux des projets immobiliers comme sur les maquettes des bibliothèques publiques en passant par les catalogues d’hôtels, les projets d’usines et de ponts d’autoroutes.

C’est l’histoire, joliment racontée par le journaliste Jamal Boushaba, d’un prolifique, d’un faiseur de blockbusters architecturaux, si l’on ose dire. Un touche-à-tout qui dessine des stations-services mais préfère doter les villes marocaines de lieux de culture, c’est plus gratifiant. «Ce sont ces équipements qui me tiennent le plus à cœur. Faire le musée d’une fondation ou la Bibliothèque nationale du Royaume n’est pas anodin. Collaborer à la conception du plus grand théâtre du continent non plus». Oui, le CasArts annoncé pour 2015 sera signé Rachid Andaloussi et une autre vedette de l’architecture contemporaine, le Français Christian de Portzamparc. En plein cœur de la place Mohammed V – qui reprend petit à petit des couleurs -, le Grand théâtre de Casablanca ambitionne de «réconcilier les habitants avec leur vieux centre-ville».

Pour un urbanisme plus respectueux de l’humain

Car cela fait des années que les Casaouis souffrent, Andaloussi le sait et subit lui-même ce magma effrayant, mi-urbain mi-barbare, ce brouillon de ville «défigurée, surpeuplée, sale, aux immeubles délabrés, ayant perdu une grande partie de ses villas et de ses espaces verts» ; à mille lieues et même à des millions d’années-lumière de la belle et élégante cité de son enfance, «bien équipée et dans laquelle on circulait facilement», se remémore tristement l’architecte, qui dit s’inspirer des foisonnants styles architecturaux du Casablanca des années 1920 et 1960, en particulier le «Bauhaus» – Mouvement artistique allemand tout en angles droits et en lignes qui a bouleversé l’architecture moderne.

«Une ville qui ne remplit plus ses fonctions essentielles – logement, hygiène, transport, culture, loisirs – perd le respect de ses usagers», assène Rachid Andaloussi qui s’acharne – c’est déjà ça – à «faire de l’architecture blanche à Casablanca». «Je ne comprends pas que l’ensemble des décideurs – architectes, élus et clients – ne soit pas plus à cheval sur cette question : Casablanca porte sa blancheur dans son nom même». À bon entendeur !

Dans le livre, une vingtaine des réalisations d’Andaloussi se détachent, d’une blancheur étourdissante, dans un ciel printanier, lumineux. L’immeuble «La Vigie», boulevard Sidi Mohammed Ben Abdallah, lui permet de «reprendre l’architecture casablancaise à partir de là où il me semble qu’elle s’est arrêtée». La villa «hommage à l’hôtel d’Anfa», sa première expérience d’habitat individuel, est aussi sa façon de saluer le travail marquant – et régulièrement détruit – de Marius Boyer, architecte phare du Casablanca des années 1930. Bref, tout ramène Andaloussi à sa ville perdue qu’il espère retrouver et participer à rebâtir dans le cadre d’une «véritable stratégie politique de la ville» et «en remettant l’humain au centre».