Les RMC, un festival à  dimension humaine

Du 25 au 28 février dernier, Casablanca a accueilli la 6e édition des Rencontres musicales de Casablanca. Le festival a fait rencontrer des artistes marocains avec des jazzmen de la rive nord de la Méditerranée.

Fin février dernier, l’Institut français de Casablanca et le Centre culturel des étoiles de Sidi Moumen ont ouvert leurs portes au public pour les 6e rencontres musicales de Casablanca. L’événement organisé à ses débuts par l’AREAM (Association des rencontres et échanges artistiques et musicaux) et qui a pris quelques années de pause, est revenu fort de ses nouveaux partenariats pour donner au public casaoui le goût au jazz.

Des formations très colorées y ont participé, mêlé leur musique et créé de nouveaux sons pour le plaisir du public. On aura vu le trio Barolo fusionner avec les Amazighs d’Inouraz et le collectif Braslavie épouser les sons reaggae de Sadrum (Maroc), ou accompagner la douce voix de Nabila Maân et le guitariste Tarik Hilal. Le pianiste Jean-Marie Machado et l’accordéoniste Didier Ithrsarry ont suivi le virtuose gnaoui Majid Bekkas.

Un beau succès pour cette édition qui fait appel à des groupes ayant, pour la plupart, déjà participé aux précédentes Rencontres musicales. C’est que la fidélisation des artistes est l’un des points forts de ce festival.

Sous le signe de la fraternité

«Les Rencontres musicales de Casablanca n’est pas un festival qui rassemble des artistes le temps d’un concert. Mais de vraies rencontres entre musiciens qui prennent le temps de se connaître pour travailler ensemble. L’idéal aurait été de les retenir un mois en résidence afin de donner du sens aux expériences artistiques et d’en permettre la maturation. Mais l’on a pu les rassembler pendant trois jours et le résultat est déjà excellent», explique Jacques Panisset, le conseiller artistique du festival.

Cette dimension collaborative va au-delà de la simple importation de sonorités nouvelles de l’autre rive de la Méditerranée. Pour Samira Fouad, la directrice du festival, «l’objectif des Rencontres musicales, en plus de permettre l’échange artistique, est d’arriver à instaurer une passerelle afin de créer un mouvement musical à travers la Méditerranée, et ce, dans les deux sens. Il n’y a pas de rapport dominant/dominé. Le cas du groupe Inouraz illustre parfaitement ce propos». Khalid El Berkaoui, percussionniste du groupe, confirme que les rencontres ont lancé Inouraz sur la scène internationale. «Depuis la première fois que nous avons participé aux Rencontres, avec le pianiste Eric Capone, nous avons enchaîné les résidences artistiques avec des Anglais, des Allemands…», dit-il.

Le guitariste Tarik Hilal a également été l’une des belles découvertes des premières éditions avant de s’illustrer à l’international. Un bien beau dessein pour ce festival dont la vocation humaine le fait sortir du lot et qui n’aurait pas pu résister aux contraintes matérielles sans les nouveaux partenaires. La Fondation Ali Zaoua, devenue co-organisatrice de l’événement, y a trouvé son compte puisque le festival a participé à désenclaver le quartier de Sidi Moumen dont le passif douloureux continue à le condamner sévèrement. Des rencontres s’y sont déroulées pour détruire les barrières invisibles qui séparent ce quartier du reste de la ville. «Dans le monde, les gens ne s’entendent pas. Nous, les musiciens, nous explosons les murs à la vitesse du son», nous lance Fransesco Castellani, tromboniste du trio Barolo.