Les rencontres Ibn Rochd, art et culture sur l’epace public à Rabat

Du 23 au 26 mars, Rabat a accueilli la quatrième édition des journées Ibn Rochd, cycle de conférences, de débats et de rencontres artistiques. La thématique de l’édition portait sur «la recherche de l’espace public».


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u 23 au 26 mars, les Journées Ibn Roch ont animé plusieurs lieux de la capitale, avec des rencontres-débats, des ateliers d’écriture ou de réflexion, des lectures de textes, du théâtre de rue, des projections, une exposition d’art et un spectacle de théâtre pour la clôture. La quatrième édition du cycle des rencontres Ibn Rochd organisée par l’association «Sous le signe d’Ibn Rochd», en collaboration avec la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, a pu compter sur le savoir-faire de l’association culturelle Racines qui cumule une grande expérience au niveau de l’espace public. «Ibn Rochd, figure du XIIe  siècle, a tenté courageusement de faire une rupture avec la tradition mimétique de l’islam en appelant à l’usage de la raison. C’est ce que nous essayons de faire en promouvant l’esprit critique et le dialogue», explique Driss Ksikes, fondateur des Journées Ibn Rochd.

À la recherche de l’espace public

Qu’est-ce qu’un espace public ? Est-ce une matrice interstitielle qui rassemble et sépare les espaces privés ? Ou alors un espace vivant, dynamique et actif ? Comment le conquérir de la meilleure des façons et en faire un espace de rencontres et d’échanges? Comment l’assainir et le rendre sécurisé, bienveillant et accueillant pour tous ? Pout répondre à toutes ces questions, l’auditorium de la Bibliothèque nationale a reçu philosophes, écrivains, militants culturels, sociologues et politiques. 

Dans sa carte blanche, l’auteure Asma Lamrabet s’est penchée sur l’invisibilité des femmes dans l’espace public. Sujet auquel une conférence a été dédiée, avec la participation de la secrétaire générale du Parti socialiste unifié (GSU), Nabila Mounib, la militante Nouzha Guessous et la philosophe Monique Crinon. Chacune d’elles a partagé sa réflexion sur le sujet en s’appuyant sur son témoignage personnel. Qu’elles soient politiques ou culturelles, les raisons de l’invisibilité des femmes de l’espace public ont donné lieu à des interrogations multiples conduisant inévitablement à un appel à la participation politique de la femme et à la réforme du champ religieux.

De l’accessibilité de l’art et de la culture

L’écrivain, traducteur et commissaire d’expositions Omar Berrada, a, quant à lui, invité à la réflexion autour de la diversité. «La diversité à laquelle je me suis intéressé est d’ordre raciale, par rapport à la question de l’immigration, des réfugiés et des subsahariens au Maroc. Il me semblait intéressant de chercher à savoir comment on a intériorisé la composition colorée ou monochrome de l’espace public marocain». Et d’ajouter : «Je me suis rendu compte, dans les écrits anciens, que le Sahara n’était pas du tout une barrière infranchissable. Mais nous avons intégré des constructions conceptuelles coloniales qui ont séparé l’Afrique blanche de l’Afrique noire», explique-t-il. Dans son programme, un atelier de création en contexte de migration et d’exil a été coanimé par le sociologue actif Mehdi Alioua et l’anthropologue à l’Université de Berkley, Stefania Pandolfo, en présence de jeunes marocains et subsahariens.

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En dehors des conférences, le programme des Journées Ibn Rochd s’est déroulé dans un esprit festif, donnant sa place à l’art sous toutes ses formes. Le théâtre nomade a présenté son spectacle Tqarqib Nab, juste avant les lectures de textes autour de Fatima Mernissi par la comédienne Sophia Hadi, la conteuse Amal Khizioua et la blogueuse Ahlem B. Le cinéma 7e Art a accueilli les projections de plusieurs films documentaires, dont «Les femmes dans la musique amazighe au Maroc», de Farida Belyazid. L’exposition de M’barek Bouhchichi à la galerie Kulte, intitulée «Les mains noires», a tenté de répondre à la question : «Que veut dire être noir au Maroc ?».

Pour rappel, «Les rencontres sous le signe d’Averroès» ont été créées à Marseille, il y a 20 ans. «En 2009, le fondateur me lance une boutade en me disant qu’Ibn Rochd était mort chez nous et qu’il nous était possible de l’y ressusciter», raconte Driss Ksikes. Depuis, il a fondé ce cycle de rencontres à Rabat dont le but est de mettre la pensée critique, le rapport entre l’art et la culture au centre de l’espace public, accessible au grand public.

Les rencontres sous le signe d’Ibn Rochd ont également lieu à Cordoue et Beyrouth. «Nous sommes certes un réseau, mais nous agissons en liberté concertée. Il n’y a aucun rapport de hiérarchie entre le nord et le sud, ni de suivisme. Chaque ville conçoit son programme en fonction de son contexte. Cela étant dit, il y a une charte d’éthique qui nous réunit et qui consiste à offrir de belles paroles aux gens, à s’approprier l’espace public et à ne pas tomber dans l’élitisme intellectuel».