Les professionnels divisés sur le bilan de Nour-Eddine Saïl

En septembre prochain, Nour-Eddine Saïl fêtera ses quatre ans à la tête du Centre
cinématographique marocain (CCM). Beaucoup voyaient en lui le sauveur.
S’est-il montré à la hauteur de la confiance placée
en lui et des attentes du secteur ? Les avis sont partagés.

Enseptembre 2003, Nour-Eddine Saà¯l, qui vient d’être démis de ses fonctions de directeur général de la chaà®ne 2M, est nommé aux commandes du Centre cinématographique marocain (CCM). La majeure partie de la corporation respire. Entre elle et l’inamovible Souheil Ben Barka, ce fut,pendant longtemps, une affligeante guéguerre à  fleurets nonmouchetés. Plus le temps passait, plus les nuages s’épaississaient dans le ciel des relations entre le directeur du CCM et la Chambre marocaine des producteurs censés,pourtant,oeuvrer pour une cause commune. Parmi les griefs formulés à  l’encontre de Souheil Ben Barka, son règne sans partage sur le secteur cinématographique et, surtout, la mise à  profit de sa position pour favoriser ses intérêts de producteur, d’exploitant de salles (les fameux Dawliz aujourd’hui en berne) et de prestataire de services. Il fallait qu’il parte, et, pour mieux le pousser vers la porte,une vingtaine de producteurs adressèrent au Souverain une lettre sollicitant son départ. Ce fut le coup de grâce. Quelques mois après, il fut «démissionné» dans les règles de l’art. Au grand soulagement de ses nombreux détracteurs. Un bonheur ne venant jamais seul, ils héritèrent d’un personnage d’envergure : Nour-Eddine Saà¯l.

L’instauration de l’avance sur recettes n’a pas satisfait toutes les attentes

Aux yeux de la corporation entière, ce dernier était le mieux indiqué pour porter le cinéma marocain vers le haut. Brillant enseignant de philosophie, il ne jurait que par le cinéma, dont il avait une profonde connaissance et dans lequel il s’était beaucoup et depuis longtemps investi. D’abord, en fondant la Fédération des cinéclubs (82 dans les années 1980, avec 47 000 adhérents) ; ensuite en écrivant un certain nombre de films (Le Grand voyage de M.A.Tazi, Badis et Lalla Hobby, du même cinéasteÂ…) ; enfin, en assurant la direction de quelques festivals, dont le regretté Festival du cinéma africain de Khouribga. The right man in the right place, en somme. Et aussi quelqu’un qui sait donner du temps au temps. A l’occasion de la Journée nationale du cinéma, le 16 octobre 2003, il prononça un discours, son premier, o๠il demanda aux acteurs du champ cinématographique de lui accorder une année de réflexion avant de semettre à  l’ouvrage. Pour autant, il ne croisa pas les bras. Il commença par faire le ménage dans la maison, en la débarrassant de ses éléphants encombrants, parfois véreux, puis il installa ses pénates directionnels à  Casablanca, un transfert jugé déplacé par beaucoup.

La mise en application de la loi 20- 99 n’est pas du goût des sociétés de production

Ce fut en janvier 2004 que Nour- Eddine Saà¯l annonça sa premièremesure. Elle avait trait à  l’aide à  la production nationale, convertie de fonds perdu en avance sur recettes. En d’autres termes, le CCMaccorde une subvention remboursable dès que le film commence à  faire recette. «Une aubaine pour nous, se réjouit le réalisateur Driss Chouika. Auparavant, nous n’étions pas tenus de rembourser le Fonds d’aide à  la production nationale. Mais l’argent qu’il nous versait était insuffisant, tellement insuffisant que nous ne parvenions pas souvent à  boucler nos tournages. Avec l’avance sur recettes, il est passé de 5 ou 6MDH à  50MDH». La mesure s’accompagnant d’une deuxième session de la commission d’aide, ne peut être que du pain bénit pour la production qui, du reste, est désormais de l’ordre de douze films annuellement. Le hic, souligne le réalisateur- producteur Saâd Chraà¯bi, est que les films marocains font à  peine 10%des recettes d’il y a dix ans. Depuis l’entrée en vigueur de l’avance sur recettes, les producteurs sont entrés en conflit avec le CCM. Le point en litige ? Les modalités de remboursement. LeCCMexige en effet des producteurs qu’ils commencent à  rembourser «au premier dirham» encaissé; eux demandent à  récupérer d’abord l’argent qu’ils ont investi avant de s’acquitter de leur dette envers le CCM. Ce dialogue de sourds se poursuit encore allègrement.

La loi 20-99, votée en 2001, qui stipule que les sociétés de production doivent impérativement produire trois