Les murs et le ciel nous appartiennent

Ils se sont souvent exprimés sur les murs sous couvert d’anonymat. Des street-artists, on connaît les graffitis, mais rarement les visages. Aujourd’hui, leur art éclot au grand jour, notamment dans la Médina d’Azemmour à  l’occasion du festival Remp’Arts, du 17 au 19 mai dernier.

Kevin Neok et Morran Ben Lahcen font partie des graffeurs avec qui les murs se transforment en œuvres picturales à ciel ouvert. De Paris, Kevin Neok s’est installé à Marrakech il y a un an et demi. Il fait partie de ces graffeurs qui ont commencé dans l’illégalité, il y a vingt-quatre ans. Il a dessiné à la bombe sur les bords de la voie ferrée, sur les bus, à Paris. Au départ, le graffiti a été, pour lui, un outil d’expression qui marque une existence en société à travers l’acte : «Il s’agissait de se réapproprier un espace commun que la publicité s’est donné le droit de ravager. Nous récupérons les codes d’une société en les retournant pour manifester notre refus du ravage publicitaire». Tout a commencé pour Neok par «un grand délire d’adolescent qui se rebelle». Puis son travail a gagné en maturité. «Il a pris forme et [Neok] a voulu le faire évoluer».

Kevin Neok : de l’illégalité à l’expression accaparée

A Remp’Arts, Neok est presque partout. Le matin, il retouche un graffiti qu’il a choisi de mettre sur un mur luttant encore entre des ruines. L’après-midi, il a déjà fait des graffitis sur d’autres murs de la Médina. Il en fait aussi sur la toile, où il signe «Neok Westel» en référence à son grand-père, l’artiste belge Henri W. Westel. Neok fait aussi des graffitis sur les voitures de course, dans les ateliers qu’il anime parfois aux Anciens Abattoirs de Casablanca. Les bombes de peinture sont son arme pacifiste pour une culture de partage : «Je veux partager de nouvelles choses. Ici, le street-art fleurit encore. J’apprécie l’enthousiasme des jeunes au Maroc pour cet art. C’est avec beaucoup de bonheur que je suis cette évolution».
A Remp’Arts, un ami graffeur de Neok est à l’œuvre aussi. Morran Ben Lahcen est un des premiers street-artists marocains. Il a démarré sa carrière en 2001, en autodidacte. Un graffeur avec un casque audio, peignant à la bombe, au stencil et à l’aérographe des portraits avec des lignes croisées, c’est toujours Morran. Morran est né à Marrakech.

Morran Ben Lahcen : le street-art depuis son âge zéro

C’est là-bas que s’est faite l’année dernière sa rencontre avec Neok, à la Galerie David Bloch. Il anime des ateliers pour initier les enfants à l’art qui le passionne. Morran vit du graffiti qu’il fait évoluer par le travail et la recherche. Le street-art lui permet de «partager son travail dans un espace libre qui abat les murs en tant que cloison». Son œuvre à Remp’Arts montre qu’il réussit à se démarquer par son originalité. Ses graffitis sont reconnaissables à Azemmour, à Rabat ou à Casablanca. Comme à son habitude, Morran ne s’investit pas dans un de ses graffitis fascinants sans la musique dans ses oreilles. Dans une autre vie tout aussi passionnante, il était collectionneur de vinyles et a fait du DJing. Le jazz et le rap classique l’inspirent pour réussir ses graffitis aux différents styles et aux couleurs chatoyantes.

L’énergie pétillante des graffitis de Neok et de Morran produit un mélange explosif, une œuvre sublime. C’est l’une des créations collectives ayant réuni les deux artistes au cours du festival Remp’Arts. Un des graffitis qui valent d’être contemplés dans leur splendeur. Des graffitis qui seront sans doute le déclic pour les prédisposés au street-art parmi les jeunes d’Azemmour.