Les Mécréants : un huis clos poussif

Le premier long-métrage de Mohcine Besri nous met face à  deux groupes de jeunes aux mentalités et aux référentiels radicalement différents.

D’un côté, les apprentis terroristes, campés par Omar Lotfi, Aïssam Bouali et Mostapha El Houari : trois types aux dégaines plutôt cool, tellement à l’aise dans leurs jeans, baskets et cheveux au vent qu’on a du mal à les voir débuter ici une «carrière» dans le salafisme. Bref, malgré ces apparences décontractées, ces trois-là sont bel et bien des gardiens de la morale, de la vertu et de la très sainte religion. Pour se le prouver, pour gravir rapidement les échelons de la hiérarchie jihadiste ou, mieux encore, s’expédier promptement au Paradis, ils doivent mener à bien une première opération. L’Émir leur a ordonné de capturer des mécréants, ainsi soit-il. Les apostats sont attrapés un peu par hasard sur le bord d’une route nationale. Un jeu d’enfant.
L’autre groupe de jeunes, vous l’aurez deviné, ce sont ces mêmes «mécréants». Une bande de comédiens délurés pris en flagrant délit d’impiété au fond de leur minibus : trois débauchés (Amine Ennaji, Abdenbi El Beniwi, Rabii Benjhail) s’y farcissent les poumons de cigarettes – et Dieu sait de quelles autres substances diaboliques – pendant que deux ignobles pécheresses (Jamila El Haouni, Maria Lalouaz) se secouent les hanches sous les airs endiablés de Hoba Hoba Spirit.

Le danger des certitudes

Les joyeux lurons sont menés illico dans une grande maison perdue en rase campagne. Commence alors le huis clos angoissant qui va durer une semaine et qui va faire se confronter, cohabiter deux mondes diamétralement opposés. «Leurs préjugés sur la partie adverse les empêchent d’apercevoir que la valeur de l’être humain ne dépend pas de la longueur de la barbe ni de celle de la jupe. Les Mécréants propose une telle rencontre : sept jours de huis clos permettent aux certitudes de céder la place au doute», écrit le réalisateur dans sa note d’intention.

Le doute, qui s’infiltre dans les esprits à mesure que ces jeunes se côtoient, que les frictions et les incompréhensions s’installent. «Pourquoi veulent-ils nous tuer ? Pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait ? Méritons-nous de mourir ainsi ? Sommes-nous des impies ?», s’interrogent les uns pendant que les autres plongent dans leurs propres incertitudes : «Pourquoi fait-elle de l’exhibitionnisme ? Peut-on être croyante et s’habiller comme une prostituée ? Peut-on se dire musulman quand on fume, quand on boit, quand on fréquente les filles faciles ? Mais ils n’ont pas l’air mauvais. Et s’ils n’étaient pas aussi irrécupérables qu’on le croit ?» Des doutes et des revirements campés par des acteurs talentueux. On retient particulièrement le jeu de Jamila El Haouni, poignante dans ses moments de désarroi ainsi que l’interprétation d’Amine Ennaji, très convaincant dans la peau du médiateur, du démolisseur téméraire de préjugés.

Si l’idée ne manque pas de mordant, elle n’est pas exploitée à sa juste valeur. Après un commencement banal, le spectateur s’enlise dans un film au rythme pesant. Pendant les trois premiers jours de la prise d’otage, il ne se passe quasiment rien. On se tourne les pouces en attendant un coup de fil de l’Émir qui ne vient pas ou une quelconque réaction de survie chez les prisonniers, amorphes. Pas une tentative de fuite, pas une mémorable altercation ne vient soulager de ce vide, de cette inaction, de ces séquences qui s’enchaînent, atones et sans grand intérêt. Le rebondissement, l’instant palpitant, salvateur, qui va enfin amorcer l’intrigue, vient trop tard, après trois quarts-d’heure d’ennui. Réalisé sous forme de court ou de moyen-métrage, ce film aurait sans doute été plus efficace.

«Les Mécréants», fiction écrite et réalisée par Mohcine Besri. 2011. 88 minutes.