Les graines de lecteurs, ça se cultive

«Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilatent le temps de vivre».
Laissez-nous vous dire comment l’écrivain – et ancien cancre!- Daniel Pennac parle des livres et des enfants.
Laissez-nous vous souffler quelques idées de lecture pour passer de lumineuses soirées en famille.

Évadé de l’île aux cancres, Daniel Pennac sait mieux que personne raconter l’angoisse de l’enfant face au livre, ou plutôt, face à l’obligation de lire. Cette détresse qui le saisit à la gorge quand la télé s’éteint brusquement, quand l’ordinateur est débranché avec fracas, lorsque l’implacable litanie commence : «Lis !» –  «Nod Teqra !». Quel abattement devant ce lourd pavé à finir, quelle lassitude devant cette écriture serrée, minuscule, ridicule, que d’autres pourtant dévorent ! Attention, le naufrage guette le môme au tournant, il faut sauver le soldat moutard, l’arracher à son tourment. Sans hurler, ni se lamenter et encore moins menacer. «Le verbe lire ne supporte pas l’impératif», prévient Pennac.

«On ne force pas une curiosité, on l’éveille», insiste l’écrivain. Et de prodiguer ses conseils lumineux, de les répandre à tous vents : «Ne rien demander en échange. Absolument rien. N’élever aucun rempart de connaissances préliminaires autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d’explication de vocabulaire, pas d’analyse de texte, pas d’indication biographique… S’interdire absolument de ‘‘parler autour’’. Lecture-cadeau. Lire et attendre».

Pour les parents : comme un roman de Daniel Pennac

Comme un roman se descend d’une traite, en une heure ou presque. Une friandise déguisée en essai, pleine de croustillantes idées pour initier vos tout jeunes bambins à la lecture ou, plus ardu, sauver ceux qui ont perdu la foi, à force de contraintes et de remontrances.  
L’heureux auteur du Chagrin d’école (Gallimard, Prix Renaudot en 2007) vous donnera une furieuse envie de lire des histoires à vos enfants, de faire des enfants pour leur lire des histoires. Pas à tour de rôle, pas en vous chamaillant – «Ce soir, c’est toi qui t’y colles !» – Non, non. Tous les deux, comme au théâtre, à haute voix puis en chuchotant et, bien sûr, en grimaçant comme l’horrible sorcière, en croassant comme le corbeau, en minaudant comme le renard, en sautillant comme la grenouille. Vous y passerez des heures, des jours, des années. Vous continuerez, même quand votre enfant saura lire. Ce sera votre moment de grâce et de magie, votre intimité, votre complicité retrouvée après une journée passée à soupirer ou à courir. Pourquoi ne pas commencer dès cette semaine ? Voici notre petite sélection pour amorcer en famille une belle et trépidante aventure livresque.
 

«Hdidane le rusé» (Yomad Éditions, 2014)

Vous serez sans doute ravis d’offrir à votre progéniture un exemplaire de Hdidane le rusé. Surtout si ce très célèbre conte vous a été déclamé en long et en large et de sa plus belle et plus mystérieuse voix, par votre chère grand-mère.
Très joliment écrite par Halima Hamdane, merveilleusement illustrée par Laure Gomez, cette histoire, tout sauf mièvre, d’enfant futé aux prises avec des ogresses aussi sottes que diaboliques procurera des frissons à vos chérubins. Voilà qui devrait les changer de Dora l’exploratrice et les (re)plonger dans le patrimoine oral et l’imaginaire marocain.  

Raconte-moi Ibn Battouta (Yanbow Al Kitab, 2011)

«Des hauteurs de Tanger, ville où je suis né en 682, j’aimais contempler l’infini de l’Atlantique. Et de l’autre côté du détroit, l’Andalousie. Grandir à Tanger m’avait donné l’irrésistible envie de partir à la découverte du monde». Ainsi parlait l’Ibn Battouta de Mehdi de Graincourt, lauréat du prix Grand-Atlas en 2011 grâce à cette épopée imagée, parue chez Yanbow Al Kitab, illustrée par Mireille Goëttel. On y suit le célèbre voyageur marocain dans son périple à la Mecque, puis en Chine et en Afrique subsaharienne. Un conte historique et mystique qui inculque au lecteur la curiosité et l’amour de la découverte et de la vie.

Raconte-moi Chqara et la musique andalouse (Yanbow Al Kitab, 2012)

C’est un livre plein de mélodies et de poésie. Écrit par Mohamed Benlamlih et illustré par Karishma Nankani Chugani, il retrace le parcours du musicien Abdessadek Chqara, raconte son enfance et son adolescence imprégnées de Samaâ soufi et de délicieuses musiques profanes.
À travers la vie et la passion de ce talentueux violoniste, qui a popularisé la musique andalouse au Maroc, les jeunes de 10 à 14 ans peuvent s’initier gentiment à cet art, part non négligeable de leur patrimoine. Instructif, agréable à lire et à regarder, l’ouvrage a été réalisé par Yanbow Al Kitab, en partenariat avec la Fondation BMCI et l’Association des amateurs de la musique andalouse.

«Les fêtes des enfants au Maroc» (Yomad Éditions, 2014)

Du baptême à Achoura en passant par la fête du sevrage, du premier jeûne ou des oreilles percées, voici tout le calendrier des fêtes des enfants qui s’étale sous vos yeux.
Des souvenirs de cérémonies colorées et endiablées vous reviennent à mesure que vous feuilletez cet ouvrage plein de magnifiques dessins réalisés par Floriane Mercier. Le texte, rédigé par Ouadia Bennis, relate avec force détails et images, les rituels et traditions marocains, en explique l’origine.

*Fondée en 1998, la maison d’édition Yomad propose une quarantaine de livres pour enfants de tous âges, inspirés en grande partie du patrimoine oral et de l’imaginaire collectif des Marocains.