Les Golden Hands font leur come-back

Groupe mythique des années 70, les Golden Hands refont surface il y a quelques mois, après de longues années d’absence. Dans leur sac, de la nostalgie, un nouveau titre et plein d’espoirs pour l’avenir.

Vous raconter les Golden Hands, c’est vous parler d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Une de ces trouvailles que vous découvrez sur la playlist de votre collègue aîné, ou qu’un couple nostalgique des années hippies fredonne, en se remémorant l’époque des premières amours. Béni soit Youtube et le miracle internet qui vous permettent de découvrir bien plus qu’une discographie, un chapitre aujourd’hui méconnu de l’histoire de la musique au Maroc. Quelques recherches et plusieurs clics plus tard, le leader du groupe répond au téléphone. Aziz, de son vrai nom Thami Daou El Makane, réside à Berlin depuis son départ du Maroc, il y a 26 ans. Flash-back. 

Au commencement fut le rock

Il n’a pas plus que 10 ans d’âge, lorsque Aziz confectionne sa première guitare. Un bidon vide de Flytox, des cordages récupérés sur un vélo et assez d’imagination pour admirer et utiliser son instrument de fortune. Dès que son oncle, Abdelkader Daou El Makane, découvre le jouet, il inscrit l’enfant au conservatoire, lui permettant ainsi d’exprimer sa passion incommensurable pour le rock. Il fait ses premiers pas avec Elvis Presley, Little Richard, puis les Beatles qui changent sa vie. L’idée de groupes de musiciens chanteurs le séduit. Peu de temps après, naît un groupe marocain de rock, avec un enfant à la guitare. «L’ange et ses vampires» fait fureur à l’époque où toute la musique moderne vient exclusivement de l’étranger. 

Le groupe se fait connaître immédiatement et est invité partout au Maroc. Les jeunes hommes chantent des reprises de rock, mais font également dans l’instrumental original de grands classiques arabes. Quand Aziz, à 13 ans, joue un solo de Hikayet Gharam, une spectatrice française commente à haute voix : «Ce petit a des mains d’or». Son oncle, debout pas très loin, saisit au vol ce qui inspirera plus tard le nom des Golden Hands. 

Dès le début des années 70, il n’est pas question pour les Golden Hands de reprendre les succès internationaux, mais de construire leur propre discographie. Ainsi naît «What to say», premier titre composé par Aziz Daou El Makane, coécrit par Mohamed Milouli. Tous les titres qui suivent sont le fruit de la collaboration des membres du groupe. Portés par la folie du rock qui embrase le monde, les Golden Hands sillonnent le pays, mettent le feu à toutes les salles et théâtres du Royaume. Dans les premiers rangs de leurs fans, des intellectuels, des politiques et un inconditionnel : le Prince Moulay Abdallah.

L’avant-garde comme signature

S’il y a bien une chose qu’on doit reconnaître aujourd’hui aux Golden Hands, c’est d’être à l’avant-garde de leur génération. «Nous avons réarrangé les chansons d’Oum Kaltoum ‘‘Amal Hayati’’ et ‘‘Fat El Miaad’’ avant même que les Egyptiens ne s’y mettent», nous dit Aziz pour illustrer le propos. Mais pas que. Fortement acclamé par un public friand de nouveautés, les Golden Hands osent une folie : chanter en darija! Chose qui passe pour très originale à une époque où l’on ne connaît que la chanson marocaine classique, qui tente de se faire une place à l’ombre des monstres de la chanson arabe, et le rock européen. Avec Jalil Bennis, une version marocaine de Mirza voit le jour. Un bel hommage à Nino Ferrer. 

Le phénomène des frères Megri survient peu après. Quand Hassan, Mahmoud et Jalila font leur apparition, ils se font justement accompagner par les Golden Hands. Car peu de musiciens s’écartent du registre classique à l’époque. Suivront ensuite d’autres formations musicales, au langage brodé et au cachet local très prononcé. «Je me souviens de la première télé de Nass El Ghiwane. Nous enregistrions le même jour. Ils avaient chanté Sinia je pense. J’étais jeune à l’époque. Malheureusement, on nous a dit que les archives ont été endommagées par la pluie !»

De l’autre côté de la Méditerranée 

Les titres se succèdent et la demande est constante. Aussi, les Golden Hands décident de percer les frontières pour plonger à plein nez dans le rock européen. Et c’est au Tremplin du Golf Drouot de Paris qu’ils se présentent instinctivement. Dans les années 70, le Golf Drouot est surnommé le temple du rock. C’est là où se produisent les groupes et les chanteurs amateurs de l’époque, tel un Johnny Hallyday, un Eddy Mitchell, Jacques Dutronc ou le Marocain Vigon… «Bien que la participation fût libre, raconte Aziz, nous n’avions pas d’instruments. On nous a demandé si nous allions jouer de la musique orientale. Alors nous avons acquiescé, car nous avions compris qu’ils ne nous prêteraient pas les instruments autrement. Une fois sur scène, nous avons joué du rock et nous avons gagné le tremplin». Deux fois, puisqu’ils ont récidivé peu de temps après. Dès lors, c’est une nouvelle ère qui s’offre à eux. Les Golden Hands font une tournée qui les conduit en Suisse, puis au Danemark. «Nous aurions pu nous faire produire en France et nous faire connaître davantage. Mais nous avons préféré rentrer faire notre musique au Maroc», explique Aziz. Erreur fatale ? Quelques années plus tard, les Golden Hands perdent peu à peu de leur éclat. Le groupe est constamment remanié et les musiciens se succèdent. La télé et les organisateurs d’événements privilégient désormais un autre style, des musiques nouvelles, mais fortement imprégnées de couleurs locales. Faute de soutien, les membres du groupe se lassent, se dispersent et la légende s’estompe, ne persistant que dans de vagues souvenirs.

Wanted 

Non. Les Golden Hands n’ont jamais arrêté d’exister pour autant ! «Il est vrai qu’à la fin des années 80, je suis parti m’installer en Allemagne. Mais je revenais au Maroc lorsqu’il y en avait besoin. Et cela dure jusqu’à aujourd’hui». Bonne nouvelle et grande surprise pour les fans qui ont longtemps perdu la trace du groupe. «Oui, nous avions un sacré public pendant les années 70 et 80. Je sais qu’ils nous cherchent encore. Sauf que nous avons très peu d’occasions de jouer au Maroc malheureusement. Pourtant nous avons contacté les festivals connus. Mais soit les organisateurs ignorent qui nous sommes, soit ils nous ignorent tout court», se désole Aziz Daou El Makane. Peu de gens ont continué à prêter main forte au band. Aziz ne tarit pas d’éloges sur Albert Cohen, gérant du bar La Calèche de Casablanca, et Momo, co-fondateur de L’boulevard : les rares exceptions pour qui il porte beaucoup d’amitié.

Aujourd’hui le groupe compte Driss Daou El Makane, frère d’Aziz, Ali Adnane, le bassiste, en plus d’autres artistes qui rejoignent le band occasionnellement. Le groupe a quelque 60 chansons en attente d’enregistrement. En 2014, il a pu enregistrer Inside of you écrite dans les années 80, dans le studio Coda à Casablanca. Il y a deux mois, Aziz Daou El Makane a également repris Love Letters, l’un des titres à succès des Golden Hands. Une page Facebook du band est régulièrement mise à jour pour reprendre contact avec le public. En espérant que les nouvelles technologies ressuscitent le succès des Golden Hands, Aziz continue à composer, à gratter sa guitare à Berlin, au sein de différents groupes. «La musique, je ne sais rien faire d’autre», conclut l’artiste avec le sourire et beaucoup de détermination.