Les artistes réclament au PJD un projet culturel plus consistant

La culture fait figure de parent pauvre dans l’épais programme du PJD. Les acteurs de la culture détaillent ce qu’ils considèrent comme les priorités pour le futur ministère de tutelle.

«Un Maroc nouveau, le Maroc de la liberté, de la dignité, du développement, de la justice». Une devise qui claque et, vu la percée du PJD le 25 novembre dernier, un projet de société qui a su convaincre. Attendus, entre autres, sur la lutte anti-corruption, anti-analphabétisme, la pauvreté qu’ils promettent de réduire de moitié, la croissance qu’ils veulent porter à 7%, les partisans de la Lampe retroussent les manches. Mais… Et la culture, dans tout ça ? La formation d’Abdelilah Benkirane occupe-t-elle ce terrain aussi assidûment que celui de la politique, de l’économie ou du social ? Examinons le programme politique du PJD. Premier constat : il faut de bons yeux pour retrouver, dans ce pavé, la feuille de route culturelle du parti au pouvoir. Sur cent dix-huit diapositives truffées de promesses de réformes, le PJD consacre en effet deux maigres slides à la culture. «Un système de valeurs revisité et consolidé, fondé sur l’Islam et redonnant tout son sens à l’identité marocaine», s’intitule sentencieusement la rubrique, ce qui fait craindre des dérives liberticides à Kenza Sefrioui, critique littéraire et activiste culturelle. «Il est très dangereux d’agiter le drapeau identitaire des valeurs et du référentiel musulman : ce sont toujours des arguments de la droite conservatrice et de l’extrême droite. Faut-il rappeler que la culture marocaine ne se limite pas à un répertoire religieux ?».
Place au contenu, qui laisse quelque peu songeur : le PJD y prône «une liberté responsable et une créativité citoyenne pour une identité marocaine renouvelée».

Aucune proposition concrète

Il est, par ailleurs, question d’«exception culturelle», comprenez que le parti s’engage à soutenir «la production nationale sous toutes ses formes», et partout : la culture doit «sortir» de l’axe Casablanca-Rabat. Pour ce faire, «des prérogatives nécessaires seront déléguées pour assurer la décentralisation culturelle». Là-dessus, on ne fournit pas plus de précisions. Plus loin, le parti propose la création d’une «Charte nationale de promotion des valeurs». «Quel contenu le PJD entend-il donner à cette charte ?», se demande Kenza Sefrioui. «Quant à impliquer le ministère des Habous et des affaires islamiques dans les projets concernés par les notions d’identité et de valeurs, c’est tout simplement la porte ouverte à la censure», ajoute la militante, qui redoute une politique restrictive en matière de liberté d’expression créative.
Dans cette ébauche de programme culturel, on n’énonce pas davantage les différents domaines sur lesquels il faudra plancher. De toutes les expressions artistiques et culturelles existantes, le PJD a choisi l’édition, qu’il veut encourager «en mettant régulièrement en relation les auteurs et le public» et «en créant des clubs de lecture». Pour résumer : des mesurettes confuses et évasives, qui donnent l’impression d’avoir été glissées à la hâte, plutôt que des engagements concrets, budgétisés et assortis de dates de réalisation. Rien de comparable, en tout cas, avec les objectifs économiques et sociaux avancés dans ce même programme, chiffres et force précisions à l’appui. «On ne peut absolument pas parler de programme, tranche Kenza Sefrioui. Dans la mesure où le texte produit par le PJD n’avance aucune proposition concrète et se contente de vœux pieux. Le PJD ne se distingue nullement, sur ce point, de ses prédécesseurs, qui n’avaient aucune vision». La révolution culturelle n’aura sans doute pas lieu pendant ce quinquennat. Et les militants devront encore batailler pour une véritable politique culturelle.