L’enseignement du fait religieux discuté à la Fondation Al Saoud

La Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines organise un colloque les 23 et 24 septembre portant sur la thématique «Enseigner la religion / Enseigner les faits religieux : défis partagés au sud et au nord de la Méditerranée ?».

Face à «la montée spectaculaire de la radicalisation de certains courants de l’islam au sud comme au nord de la Méditerranée», la Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud s’est penchée sur le débat sur la transmission de la religion de part et d’autre de la Méditerranée. Pour en décortiquer tous les aspects, un colloque est organisé les 23 et 24 septembre au siège de la fondation, avec des panels de spécialistes et d’experts de la question.

La réforme du religieux

Le but du colloque est de croiser les expériences et d’analyser des thématiques précises, afin d’en sortir avec des recommandations tangibles concernant, entre autres, la formation des enseignants du fait religieux.

Tout le monde en parle depuis les sinistres événements du 11 septembre 2001, la réforme de l’enseignement religieux est un chantier inextricable. L’état des lieux laisse à voir une telle diversité dans les définitions et de telles divergences dans les doctrines, qu’il est inconcevable aujourd’hui de mettre en place une approche pédagogique qui fait l’unanimité.

Pourtant, la Déclaration de Marrakech (janvier 2016), fruit d’un large débat auquel ont participé des centaines de chefs religieux musulmans du monde entier, a incité «les institutions académiques, et les magistères religieux à réaliser des révisions courageuses et responsables des manuels scolaires» pour en extirper les germes de l’extrémisme et de l’agressivité. Décision aussitôt mise en application au Maroc, sans réelle résistance, heureusement.

Ceci étant dit, l’enseignement du fait religieux pose le problème de la légitimité. Si la communauté religieuse estime que les réformes incombent aux oulémas, d’autres voix s’élèvent contre ce monopole et exige un travail multidisciplinaire, en présence de théologiens, d’historiens, de linguistes, de médecins et de psychologues. D’où l’intérêt de ce débat pluridisciplinaire qui s’attellerait à répondre à des questionnements profonds au sujet des finalités de l’enseignement de la religion/enseignement religieux : «Consistent-elles à socialiser la personne croyante dans les valeurs de sa communauté religieuse ? Se réduisent-elles à la propagation du dogme ou représentent-elles fondamentalement un transfert de savoirs dans la mesure où la religion est une partie intégrante de la culture et de la civilisation humaine ? Peut-on, aujourd’hui, se suffire des connaissances produites par une religion sur elle-même ou faudrait-il l’approcher dans la perspective des questionnements et méthodes des sciences humaines et sociales ?».

L’islam à travers le monde

A travers les thèmes «Enseignement de la religion et/ou des faits religieux en Europe», «Enseignement des religions / faits religieux au Moyen-Orient et au Maghreb», ou encore «Enseignement des religions au Maghreb et en Afrique subsaharienne», le colloque se propose de dresser un comparatif de l’enseignement du fait religieux dans les quatre coins du monde, en se saisissant des différences inhérentes aux héritages culturels. L’intérêt de cette approche est certain puisqu’elle purge les rites et pratiques religieuses des substrats culturels. Elle permet en outre de démontrer les différences de priorité accordée aux rites, ainsi que de comparer les méthodes d’enseignement dans les différents pays.

Pour ce faire, la fondation invite Valentine Zuber et Isabelle Saint-Martin de l’Institut européen en sciences des religions (IESR-EPHE), Sylvie Toscer-Angot, maître de conférences en civilisation allemande (Université Paris-Est Créteil), Gabriel Hachem, de la Fondation Adyan (Beyrouth), Bakary Sambé, directeur de Timbuktu Institute –African Center for Peace Studies (Dakar), Ghaleb Bencheikh, islamologue, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix et Mohamed-Chérif Ferjani, islamologue et professeur à l’Université Lyon-II. Lesdits experts discuteront avec leurs homologues marocains en cinq tables rondes, étalées sur deux jours.