Lenny Kravitz : «Le pouvoir, l’avidité, l’ego nous ont détournés de l’essentiel»

Lenny Kravitz, la star pop rock qui va faire trembler la scène OLM Souissi le 25 mai lors de Mawazine, nous a longuement parlé au téléphone. C’est dingue, hein ? Voici sans tarder notre interview exclusive avec le musicien, compositeur et réalisateur américain.

Vous avez grandi dans une famille multiculturelle : père d’origine juive russe et mère bahaméenne. Qu’est-ce que ça vous a apporté ?

C’était une merveilleuse façon de grandir, de s’épanouir. Ça m’a ouvert de très belles perspectives et apporté une grande richesse d’esprit. ça a nourri mon âme aussi. C’est cette enfance-là, baignée dans deux cultures différentes, qui a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Je n’ai pas grandi dans la haine de l’autre ou l’injustice, dans le sentiment d’être différent des autres. On ne m’a rien inculqué de tel. Et, car on me demande souvent si ça m’a perturbé, si je me suis senti «écartelé» au sein de cette famille multiculturelle, contrairement à ce que les gens pourraient croire, ça n’a jamais été dérangeant ni même troublant pour moi. Au contraire, j’ai appris à aimer, à embrasser les deux facettes de ma culture. Je trouve cette expérience extraordinaire.

Parlez-nous de votre toute première expérience musicale, quand vous étiez enfant.

Je me souviens que je chantais toutes les choses que, gamin, on me faisait écouter. Une des premières musiques que ma grand-mère m’a fait découvrir étaient les symphonies de Tchaïkovski, c’étaient les fonds sonores des jouets qu’elle m’offrait. Après, c’étaient les Jackson Five, la musique Motown, entre autres belles musiques que j’ai écoutées dès mon plus jeune âge et qui m’ont énormément influencé par la suite.  

Vos écrivains préférés ?

Il y en a tellement ! Mais j’aime, je raffole tout particulièrement de Franz Kafka, James Baldwin, Fiodor Dostoïevski, J. D. Salinger. Ce sont les auteurs avec qui j’ai grandi et qui m’accompagnent toujours, que j’apprécie pour leur prose à la description tellement riche, colorée, débordante d’imagination.   

Qu’écoutez-vous à la maison ?

Toutes les musiques possibles et imaginables ! Tout ce qui peut vous traverser l’esprit : jazz, funk, folk, musique classique, africaine, spirituelle, gospels, country, reggae, pop. Tout, sans exception !

En 2003, vous avez chanté avec Kadem Al Sahir pour protester contre la guerre en Irak. Etes-vous toujours aussi engagé ?

Je le suis toujours et avec autant de ferveur. Là où j’habite, là où je vote, et partout sur cette terre où je pourrais me rendre utile, partout où il y a des causes à défendre et qui me tiennent à cœur.   

Votre opinion sur les récents soulèvements populaires qui ont secoué le monde ? Les révolutions arabes ? Les indignados espagnols ? Occupy Wall Street ?

C’était nécessaire et tellement rafraîchissant de voir toutes ces foules se relever, se réveiller de nouveau. J’ai envie de dire : enfin, il était temps ! Les gens se sont encroûtés, sont devenus mous, apathiques. Alors qu’ils avaient l’habitude de se battre, de faire entendre leur voix.

Vous tenez beaucoup à la spiritualité, à la foi. Comment vivez-vous cela au quotidien ?
Je fais de mon mieux pour devenir une meilleure personne, la meilleure possible. J’essaie d’entretenir une relation étroite avec mon Créateur. Et j’aime la vie. Vous savez, Dieu nous a donné tous les outils, tous les moyens de mener notre vie dans la plénitude, mais malheureusement, nous avons tout gâché. Nous sommes trop préoccupés par le pouvoir, l’avidité, l’ego. C’est horriblement futile. Ça nous a détournés de l’essentiel. J’essaie pour ma part de m’éloigner le plus possible de ces choses-là, et de vivre ma vie telle que je l’entends, de la façon la plus harmonieuse qui soit.

Votre idée du bonheur ?

Etre auprès des gens que j’aime et passer du bon temps, en toute simplicité, avec eux. C’est ce qui me rend véritablement, pleinement heureux.

Des conseils pour ceux qui démarrent une carrière musicale ?

Je leur dirais ceci : la meilleure chose que l’on puisse faire, c’est d’être égal à soi-même. Ne pas suivre les gens, ne pas être moutonnier. Ne pas se conformer aux désirs, aux attentes d’autrui, ou aux tendances, à l’éphémère. Faire vraiment ce qui nous semble aller de soi, ce qui émane de nous, naturellement, spontanément.

Parlons de votre prochaine venue au Maroc, la première. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand vous entendez le mot «Maroc» ?  

J’ai vu tellement de films et lu tellement de livres racontant des parcours de vie qui sont passés par le Maroc.
J’ai aussi parlé à des tas de gens qui ont passé beaucoup de temps là-bas et qui ont été fortement impressionnés, influencés par ce pays. Musicalement, l’expérience marocaine a été très bénéfique et enrichissante pour Led Zeppelin, par exemple. Robert Plant en a été transfiguré. A tel point que le Maroc fait partie de ses endroits favoris, ça fait des années qu’il me dit : il faut absolument que tu y ailles !

Vous devez être heureux de venir nous voir, alors…

Je n’arrive pas à croire que je n’y suis toujours pas allé ! Je trouve ça parfaitement ridicule d’avoir attendu tout ce temps. Mais comme on dit, chaque chose en son temps. Je suis sûr que je vais vivre une expérience fantastique là-bas.

Quelque chose à dire à ceux qui vous attendent impatiemment ici ?  

J’arrive ! Et je suis plein de gratitude et j’ai hâte de partager de superbes moments avec eux. Je suis exalté à l’idée de venir bientôt, d’autant que ça va coïncider avec mon anniversaire ! Je vais donc le fêter avec vous, au Maroc.