Le Territoire fait son «Testament comique»

C’est une troupe bien jeune qui s’est produite au théà¢tre de la F.O.L à  Casablanca. L’écho d’un joli petit succès nous a amenés à  voir de plus près ce qui s’y trame.

Que pourrait bien penser Guy Vassal de son Testament comique récemment interprété par la troupe du Territoire à Casablanca? Dans un décor rose bonbon fraîchement installé au théâtre de la F.O.L, sept personnages pour le moins extravagants se disputent l’espace et l’attention du public. Dans cette version moderne dirigée par le metteur en scène Abdelhak Khairi, tous les ingrédients d’une pièce à succès sont là : argent, cupidité, magouilles, amour et interprétation pleine d’humour de ces jeunes acteurs.

Amateurs, se disent-ils, mais passionnés. En effet, l’on a du mal à croire qu’ils se retrouvent après une longue journée de travail. Lorsqu’ils troquent leurs stylos, leurs claviers et leurs uniformes contre une tenue et un personnage enfilés dans les vestiaires de la salle de répétitions, ils débordent d’énergie et d’enthousiasme. On palpe alors la générosité dans le jeu des comédiens: une Lisette pétillante servante de son métier, un valet fripon répondant au nom de Crispin et M. Géronte, un radin sénile bien sympathique, que l’on a hâte de voir passer de l’autre côté. Et puis tous les autres qui occupent les planches à tour de rôle avec une présence scénique remarquable… pour une première pièce comique.

C’est qu’après «Quai Ouest», une pièce sombre mêlant tragédie et dérision, la troupe bascule vers un registre 100% comique. La pièce choisie est une adaptation nouvelle d’une prose moderne, avec ses personnages burlesques et un texte en alexandrins. «Passer du tragique au comique est un exercice très difficile pour les comédiens. Leur force de persuasion est mise à rude épreuve devant le public. Raison pour laquelle j’ai fait le choix de changer de registre», argumente un Abdelhak Khairi intransigeant, mais confiant quant aux capacités de ses comédiens qui ont, pour la plupart, découvert leurs premiers frissons artistiques lors de l’un de ses cours.
En effet, la troupe du Territoire a vu le jour en 2008 au Conservatoire municipal d’Anfa, à Casablanca. Convaincu du talent de ses élèves, le professeur de théâtre Abdelhak Khairi a fait appel à ses éléments les plus brillants pour aller à la rencontre d’un public autre que les habitués du conservatoire. «Affronter un vrai public, c’est bien autre chose que de jouer devant les parents et les amis. Nous avions besoin de tenter l’expérience et nous sommes satisfaits du résultat», explique le metteur en scène entre deux instructions strictes aux comédiens.

Aujourd’hui, la troupe est constituée de dix membres assidus et motivés, malgré les difficultés que connaissent le théâtre et la culture au Maroc et malgré les engagements professionnels de chacun. «Nous travaillons sérieusement, dans des conditions professionnelles et suivant une discipline implacable. La seule liberté que nous nous octroyons c’est celle de revisiter les classiques et les affranchir de leur cachet conventionnel», affirme le professeur qui ne badine pas avec les règles. Et d’ajouter : «Le théâtre est cet espace de débat qui engage le public. En interpellant l’esprit du spectateur, nous déclenchons en lui un discours interne, nous

dialoguons avec».
C’est bien là une entreprise très sérieuse ! Mais le théâtre reste d’abord une passion, une volonté de rencontrer l’autre et de s’apprécier soi-même à travers l’échange que l’on a avec. «Nous nous aimons sur scène», acquiesce-t-il avec le souriren.