Le Swing de l’autoroute : cinq albums de jazz dans votre boîte à  gants

Et Dieu créa la musique pour nous faire passer trois ou quatre heures d’autoroute sans nous étrangler d’ennui ! A suivre, cinq incontournables du jazz à  écouter inlassablement. Attention, liste non exhaustive et très subjective.

«L’album parfait ! Le meil-leur de tous les temps !», vous diront sans ciller les experts.
 

«Kind of blue», Miles Davis (1959)
 

«Le plus vendu de l’histoire du jazz !», renchériront les férus de jazz et de comptabilité. Certains parleront même d’une œuvre à part, d’une comète dans le ciel de la musique. Et ils ont peut-être raison, car ce magnifique album, âgé de 53 ans, n’a pas pris une ride. Son secret ? Les musiciens, pardieu ! Miles Davis à la trompette, et puis ses compères, Coltrane et Adderley au saxo et le révolutionnaire Bill Evans au piano. Le résultat de cette alchimie est sublime : léger, harmonieux, romantique, délicieusement spleenesque. A écouter à l’infini, on n’en fait jamais le tour, de cette féerie.
 

 

«A love supreme», John Coltrane (1964)
 

Coltrane aimait Dieu et Dieu le lui rendait plutôt bien : il l’a gratifié d’un talent fou.  A Love supreme est le remerciement du légendaire saxophoniste à son créateur. «Que toutes les louanges soient adressées à Dieu, à qui doivent revenir toutes les louanges», écrit John Coltrane sur la pochette du disque. Connaissez-vous plus belle prière que celle-ci ? «Coltrane était un explorateur presque mystique, constamment à la recherche du son parfait, de la note juste, retraçant ses voyages sur les grilles d’accords», écrit le journaliste Fred Kaplan. A love supreme, une exquise incantation qui en envoûte encore plus d’un : A Rabat, Santana l’avait jouée à sa façon – admirable – durant Mawazine 2010.
 

 

«Maiden Voyage», Herbie Hancock (1965)
 

Les audacieux comparent ce bijou à «La Mer» de Claude Debussy. Et c’est vrai qu’on retrouve dans Maiden Voyage les notes argentines, éthérées, la délicatesse des trois esquisses symphoniques pour orchestre du génial compositeur français. De cet album lumineux se dégage comme un parfum d’iode et d’écume, l’idéal pour bercer ses oreilles en rêvassant sur une serviette de plage. Cinq savoureux morceaux pour entendre, comme le décrit Hancock, «l’étendue et la majesté de la mer, la splendeur d’un navire au cours de son premier voyage, la grâce des dauphins jouant dans l’eau, le combat permanent de toutes les créatures de la mer, même les plus minuscules, pour leur survie, et la force destructrice de l’ouragan qui impose le respect».
 

 

«Pure Ella», Ella Fitzgerald (1950)

C’est une Ella Fitzgerald mature et tout en sobriété qu’on découvre avec ravissement dans Pure Ella. Si la voix n’a rien perdu de sa grâce juvénile, les textes s’étoffent, gagnent en plénitude, on y sent du vécu, on y devine toutes sortes d’histoires, joyeuses, sombres ou amères. Le style est plus dépouillé, les onomatopées passent à la trappe, les fioritures laissent place à l’émotion pure, pour un résultat divin. We’ve got a crush on you, Ella !

 

«Fireworks», Louis Armstrong (1928)

Ai-je besoin de vous dire pourquoi les feux d’artifice de Louis Armstrong figurent sur cette liste ? Mais crénom de nom ! D’abord parce que ce légendaire monsieur n’est ni plus ni moins que le premier grand soliste de jazz, et ensuite parce que ses vingt-et-un Fireworks chatoient et vous chatouillent à coups de trompettes, de clarinettes et de trombones. Un délice !