« Le monde évolue vers son autodestruction »

Comment un clavier ou un écran d’ordinateur en fin de vie peut-il se muer en Å“uvre d’art ? Une ONG marocaine explique cette transformation, une manière intelligente de sensibiliser au recyclage des déchets informatiques fortement polluants.

Comment transforme-t-on un déchet informatique en œuvre d’art ?

C’est tout à fait possible. Les objets d’art qui ont été exposés le mois dernier à l’Institut national des postes et télécommunications en offrent un bel exemple. Les visiteurs ont découvert de vieux ordinateurs transformés en tableaux à thèmes, des claviers en pots de fleurs, des lecteurs CD et des disquettes en sculptures. Mais l’œuvre qui a séduit le plus et reçu le plus de commandes est un tableau contenant une carte mère qui avait des allures d’usine attaquée par des souris et des cartouches d’encre. Le message est clair : au vu de l’allure, des orientations que prend le progrès technologique, le monde évolue vers son autodestruction.

Où peut-on admirer vos œuvres ? Une exposition est-elle prévue ?

Un magasin, à Témara, est en cours d’aménagement pour en faire un espace permanent d’exposition. En attendant, les photos des œuvres peuvent être consultées sur la page Facebook : Gite Concept – Page Officielle. Enfin et dans le cadre de la sensibilisation à cette solution alternative, il est prévu d’organiser deux expositions par mois au niveau de toutes les villes du Maroc. Pour la réalisation de cette action, deux partenaires ont eu le courage de s’attaquer à cette problématique mondiale, l’Association Collectique pour l’environnement et M. Boukhana, artiste calligraphe qui jouit d’une renommée internationale.

Pourquoi doit-on recycler le matériel informatique ?

En fin de vie, le matériel informatique est souvent entreposé. Il prend de l’espace et se déprécie. Ainsi, il coûte toujours de l’argent à son propriétaire. Pour notre association, nous avons développé, au fil des années, une réponse à cette problématique. Le matériel collecté est d’abord diagnostiqué. Ce qui est réparé est mis à la disposition des associations caritatives. Pour ce qui est du reste, il sert de pièces de rechange à un nouvel arrivage. Une deuxième partie du matériel a trouvé son chemin vers les sociétés de recyclage. Enfin, pour les articles n’ayant pas trouvé de repreneur, ils ont été transformés en pièces d’art. J’attire votre attention sur le fait que les infrastructures de recyclage ne peuvent pas traiter tous les déchets. J’estime que nos solutions sont devenues une nécessité ou plutôt un passage obligé qui permettra de trouver de nouveaux débouchés et créer un marché nouveau pour ces déchets.

Pensez-vous que le Maroc fait suffisamment d’efforts pour recycler les déchets informatiques ? Les entreprises sont-elles, par exemple, obligées de recycler leur matériel informatique en fin de vie ?

Depuis la création de notre association en 1998 et la distinction de son projet lors du Grand prix Hassan II pour l’environnement en 1999, une action de sensibilisation des utilisateurs de l’outil informatique a été entreprise. A l’époque, le mot déchet informatique n’était pas adopté. Les professionnels préféraient parler de déchets électriques ou électroniques. Fort heureusement, 15 ans après notre création, parler des déchets informatiques est maintenant chose admise et communément adoptée. La loi 28-00 n’étant pas accompagnée de mesures de contrôle, elle est donc peu respectée. Par contre, les organisations qui décident de se lancer dans la certification qualité ou environnement ont l’obligation de gérer d’une manière saine leurs déchets. Ce sont ces organisations qui nous choisissent pour les accompagner. Nous n’en avons qu’une centaine, c’est dire que nous avons toujours du pain sur la planche.