Le Maroc vu d’en haut

Dans une Å“uvre, et loin du fantasme, des intellectuels marocains parlent de leur «marocanité».

Comment peut-on être marocain ? Une question qui prend au dépourvu vu la multiplicité des sens qu’on lui attribue. Comment y répondre sans se perdre dans une confrontation complexe entre la raison et le sentiment ? C’est que Abdesselam Cheddadi – qui a lancé la réflexion dont découle ce livre –  n’a pas choisi la facilité. Etre marocain, est-ce un apprentissage ? Un patrimoine génétique qu’on porte en soi dès sa naissance ? Simple atavisme ? La question a été posée à des intellectuels marocains. Les réponses sont aussi diverses que les parcours, les convictions, le ressenti de chacun.  C’est que «la Maison-Maroc» abrite un peu de tout. On y retrouve des Marocains «de souche», d’autres «de cœur». Lequel des deux peut prétendre à plus de «marocanité» que l’autre ? C’est tout le discours que sous-tend Kébir M. Ammi, qui a vécu au Maroc  sans jamais être marocain «à part entière». L’auteur clame «une identité ouverte sur l’autre. Une main tendue, en toutes circonstances». Jalil Bennani, qui a aussi contribué à cette réflexion, va plus dans le  détail, décortique les mécanismes. C’est que la psychanalyse a ses caprices ! Son discours est doublement distancé. D’abord géographiquement, «le désir de l’exil est en chacun», lance-t-il dès les premières phrases.  Il parle de son départ mais aussi de son retour avant de se placer par la suite en analyste.  L’auteur prend le soin de descendre dans la rue marocaine, et avec prudence et précision, il décrit les changements de la société et des mœurs. Et  comme le suggère le titre de sa contribution, Une saison au Maroc, on retrouve l’empreinte du temps, des cycles de la vie et du renouvellement. Ainsi fait-il remarquer : «Les jeunes déjouent les spécificités culturelles pour nous rappeler une autre spécificité : celle de leur génération». Mais enfin, conclut l’auteur, «si les cultures présentent des particularités, les mécanismes inconscients sont universels. La culture ne constitue qu’un habillage, une enveloppe». 

Et la langue aussi …
Tahar Ben Jelloun semble, par contre, loin de l’apaisement. Son discours témoigne des angoisses d’un homme et de la quête d’un chercheur.  Dans ce livre l’écrivain s’inscrit davantage dans les faits et passe à l’aveu : «Je me sens peut- être plus libre qu’avant mais ma marocanité est toujours inquiète». Cet ouvrage collectif compte aussi des esprits contestataires qui entrent en résonnance avec celui de Ben Jelloun. Abdelfettah Kilito en fait partie. L’auteur n’a pas peur d’heurter de front la sensibilité d’une société attachée à des valeurs «sacrées» comme la langue.  Il se libère d’une dette littéraire que beaucoup continuent de porter. «Ainsi… s’indigne-t-il, n’y eut-il de littérature marocaine que depuis le jour où notre mère, cette ‘‘folle du logis’’, nous  a livrés dans un coffre aux flots, à l’inconnu, aux dangers de l’école, aux risques d’une autre langue, d’autres langues».  La langue, cette autre blessure que trainent les peuples qui ont connu la colonisation, rassemble aussi. Entre les pages de cet essai se dessinent les œuvres de  Fouad Bellamine, de Sonoé Arai ou encore de Amina Benbouchta, des illustrations qui souffrent d’une mauvaise qualité d’impression.