Le FIFM consacre le cinéma

n Le Festival international du film de Marrakech continue à tracer son chemin. Ce très jeune festival serait prometteur aux yeux de Sergio Castellitto, membre du jury et grand comédien et réalisateur italien, mais également aux yeux de Francis Ford Coppola qui a salué le maintien de ce festival dans un climat international plutôt tendu.

Au terme de la compétition qui s’est déroulée du 4 au 11 décembre, l’Etoile d’or (Grand Prix) est revenue au Libanais Mir-Jean Bou Chaaya pour son film Very big shot. Le prix de la mise en scène a été remporté par le Brésilien Gabriel Mascaro pour Neon Bull. Le prix d’interprétation masculine a été attribué à Gunnar Jonsson pour son rôle dans Virgin Mountain, du cinéaste islandais Dagur Kari. Et le meilleur rôle féminin était celui de la fille-mère dans Keeper, interprétée par la jeune Galatea Bellugi, tout juste âgée de 15 ans. Selon les nombreux critiques et professionnels présents, l’Etoile d’or aurait dû être décernée au film Virgin Moutain ou à Keeper. Mais le jury a, visiblement, ses raisons…

La grande surprise était le prix du jury décerné à tous les films de la compétition…, les bons et les moins bons. «Nous savons comme c’est dur de faire des films. Chaque œuvre cinématographique demande un effort hors du commun. C’est pour cela que nous avons décidé de récompenser tous les films en compétition, car chacun d’entre eux porte une manière de voir les choses», a déclaré Coppola. Une décision qui scinde les avis en deux. Alors que certains applaudissent avec ferveur la décision du jury en y voyant une belle consécration du cinéma et de son rôle d’inducteur de paix dans le monde, d’autres s’interrogent sur l’intérêt d’un prix du jury qui ne désigne pas de gagnant et sur le prestige d’un jeune festival qui veut sa place parmi les grands.

Parmi les points forts du FIFM, les masterclass des grands maîtres du septième art sont à la fois un plaisir pour les fans et une mine d’informations pour rassasier les jeunes professionnels. Cette année, les cours ont été assurés par des mastodontes du cinéma mondial : Fatih Akin, Park-Chan-Wook et Abbas Kiarostami.

Des Masterclass de qualité

Fatih Akin a été volubile, généreux en informations, parlant de musique, de lumière, de lieux de tournage, de casting, de ses rapports avec les acteurs, de sa prédilection pour l’improvisation et la confiance essentielle entre acteurs et réalisateurs.  Avec un aplomb réaliste, le cinéaste a dit croire en la capacité du cinéma de changer le monde.

Lorsqu’on a évoqué les succès de Park Chan-Wook, lui a préféré se remémorer ses échecs. En effet, il avait réalisé plusieurs films critiqués, voire ignorés par les critiques. Il s’est alors improvisé lui-même critique et a connu un succès dans la discipline. Mais il n’a pas pu résister à l’appel de la caméra.

Il a commencé par l’adaptation d’un livre qui eut un succès énorme, avant d’entamer sa trilogie de la vengeance qui inscrit son style noir dans l’archive du grand cinéma mondial.

Lorsqu’il est questionné sur son «obsession» par la vengeance dans sa trilogie «Sympathy fo Mr Vengeance – Old Boy – Sympathy for Lady Vengeance», Park Chan-Wook répond que c’est une pulsion normale chez l’être humain. Non sans humour, le cinéaste ajoute : «lors d’un différend avec une personne, je rentre chez moi et je passe la soirée à la vengeance que je lui assénerais. Cela m’aide beaucoup à imaginer les pires scènes de torture pour mes films !».

Abbass Kiarostami, lui, vient d’une autre planète… une autre philosophie. Le réalisateur iranien, dont l’œuvre recèle une grande poésie, est passé maître dans l’art de l’inachevé.

«Ce qui m’intéresse c’est que le public quitte la salle avec sa propre conception du film. Ce genre de cinéma inachevé doit être achevé sur une plate-forme commune entre le réalisateur et le public», s’est-il expliqué. Par quel moyen ? Par l’interprétation du message et l’imagination de la suite.

Avec une désarmante modestie, il a assuré n’avoir «aucunement l’intention de devenir un mentor. Ce n’est pas dans mes moyens. Au contraire, les ateliers que j’anime sont une opportunité unique de revenir à cette position d’apprenti. J’apprends beaucoup avec les réalisateurs en devenir».