Le Festival des premières fois

Une 17e édition où le festival renoue avec ses premières amours, pour le plus grand bonheur de ses fidèles (et tellement éclectiques) festivaliers. Six scènes, une trentaine de concerts et toujours autant de magie.

«Je reviens du dernier Festival d’Essaouira sans en être revenu, tant les flots de son, de chants et de rythmes déversés généreusement par ce rassemblement inondent encore mon esprit». Et personne n’aurait su exprimer mieux que lui l’ivresse perpétuelle qu’on garde dans le cœur après le Festival Gnaoua. Lui, feu Et-Tayeb Houdaïfa. Homme de lettres, homme de passion, il fut l’un des premiers et des plus fidèles amoureux de l’événement et à qui Essaouira a rendu hommage tant à sa plume de maître qu’à l’homme qu’il était. Et c’est par ces mots qu’on décrira cette fabuleuse 17e édition: «Je devais être prévenu, mais voilà qu’une belle stupeur l’a emporté. J’ai été ébaudi, dès le prélude». Car si le festival fait partie des incontournables de la scène culturelle, il ne se fane pas dans le morne infini de la redondance. Après 17 ans et à l’image des premiers émois juvéniles, il reste le festival des premières fois. Des instants timides d’un premier baiser suivis d’une envolée complice comme celle de la fusion entre le violon du 1er prix du conservatoire de Calais, Didier Lockwood, et le rebab amazigh de l’artiste marocain Foulane, portée par les majestueux coups de batterie de Karim Ziad. A peine sorti de scène, le violoniste, encore plongé dans la magie de l’instant, confie: «Nous n’avons rien préparé, tout s’est passé dans la magie de la rencontre».

Maalouf et Miller, temps forts du festival

Samedi matin. Il semble y avoir eu un débarquement de festivaliers durant la nuit. Essaouira est en ébullition. Et pour cause, sur la même scène, celle de la place Moulay Hassan, deux gros calibres de la musique se succéderont. Un puissant Ibrahim Maalouf, toujours surpris d’être aussi adulé par le public marocain, a sillonné ses Illusions dans la transe gnaouie dans un jazz outrageusement rock. On gardera en mémoire sa confidence juste après son concert – en parlant d’une regrettée fusion avec un maâlem. «Si le festival m’invite, je dirais Oui évidemment». A bon entendeur ! Un interlude de gnaoua et rebelote pour nos tripes : Marcus Miller s’offre pour son 55e anniversaire, une fusion avec maâlem Bakbou et sa troupe. Une prouesse géante comme à l’accoutumée, dans la grandeur du musicien et l’humilité de l’homme, qui explore l’ancêtre de sa basse, le guenbri et ses techniques de «slap». «Quand nous, Afro-américains, jouons du jazz ou du funk, ce qui fait la différence avec les autres c’est la spiritualité qu’on peut entendre dans notre musique. Et sa source, c’est la musique gnaoua», confiait le bluesman. Et cette promesse d’éternel faite au Festival Gnaoua, c’est encore lui qui en parle le mieux : «La fusion est le passé, le présent et le futur de la musique. C’est dans ce partage que nous allons survivre». Merci Essaouira !