Le dernier combat du captain Leftah

Le prix littéraire La Mamounia 2011 revient, à  titre posthume, au «Dernier combat du Captain Ni’mat», de Mohamed Leftah.

«Mohamed Leftah aimait les extrêmes : l’éloge, la célébration, la transfiguration de l’ordinaire en sublime, et la fièvre visionnaire, dérangeante et écorchée. Il faisait naître de grandioses fresques de l’alliance de ces deux pôles», écrivait Kenza Sefrioui en juillet 2008, secouée par la disparition de l’écrivain. Le 1er octobre dernier à Marrakech, la journaliste et critique littéraire a applaudi à tout rompre, à l’annonce du lauréat du prix La Mamounia.

«Merci d’avoir primé Le dernier combat du Captain Ni’mat. Ça prouve que vous savez lire», a-t-elle lancé au jury, qu’elle a, au passage, tiré d’embarras en présentant l’auteur que des journalistes étrangers n’avaient pas le bonheur de connaître. «Je n’ai jamais lu Leftah avant d’avoir ce livre entre les mains, et j’ai honte car j’ai découvert un bijou, d’une écriture lumineuse», confesse Mahi Binebine, lauréat de 2010 pour Les étoiles de Sidi Moumen et cette année membre d’un jury francophone plus diversifié, avec la présence notamment du Sénégalais Tidiane N’Diaye, auteur d’essais nominés au prix Renaudot en 2008, et de la romancière québecoise Denise Bombardier.«Je n’irai pas jusqu’à dire que la Francophonie est plus vertueuse que la France, commente-t-elle. Mais en France, les jurys sont encore trop souvent 100% Français, ils jugent donc entre eux. Ici, le fait que nous venions tous de pays différents ajoute de la force à nos débats». Un bel effort d’hétérogénéisation qui ne leur a pas épargné certains griefs : «Je vous demande d’être aussi exigeants qu’en Europe, tambourine Kenza Sefrioui. Ce n’est pas sérieux de mélanger comme vous le faites les genres bien distincts que sont l’essai et le roman». Pour remédier à cela, le journaliste Seddiq Khalfi propose la création de deux prix. «Ça fait partie des choses que nous allons aborder, promet Christine Orban, la présidente du jury. Nous ne sommes pas figés. Cela dit, le prix est jeune et va mûrir, ne l’oublions pas».
Fait marquant, cette malheureuse fuite signalée par la journaliste Qods Chabaâ, qui a découvert le nom du vainqueur sur Internet, quelques heures avant l’annonce. Et c’est Mahi Binebine qui s’est dénoncé, rouge de confusion : «J’ai pourtant fait promettre à Jeune Afrique de n’en parler qu’après la cérémonie».