Le cinéma marocain exalté à  Marrakech

La onzième édition du Festival international du film de Marrakech (du 2 au 10 décembre) met le paquet sur les réalisateurs marocains. La section «Coup de cÅ“ur» leur est consacrée.

Loin de la cohue festivalière, Nourreddine Saïl nous reçoit dans son bureau improvisé, au deuxième étage du Palais des congrès de Marrakech. «En février prochain, le film Mort à Vendre de Faouzi Bensaïdi sera en compétition officielle à Berlin. En mai dernier, Leïla Kilani a été sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, pour son long-métrage Sur la Planche, s’enorgueillit celui qu’on appelle solennellement le Père de la cinéphilie marocaine. Nos films font une apparition de plus en plus remarquée sur la scène mondiale. Le Festival international du film de Marrakech y est certainement pour beaucoup».

Exit les critiques hargneuses, fustigeant une manifestation «inaccessible» et «étrangère», délocalisée au Maroc. Le vice-président délégué de la fondation du FIFM, par ailleurs directeur du Centre cinématographique marocain, ne vous le rabâchera jamais assez : «Ce festival est une aubaine pour le cinéma national, une vitrine de visibilité pour les réalisateurs marocains», scande Nourreddine Saïl, qui se prévaut de la cohorte de patrons de télévisions étrangères, de critiques de cinéma, d’agents et de producteurs internationaux, invités chaque année pour permettre aux professionnels marocains de garnir leurs carnets d’adresses, et, parfois, d’empocher un contrat de production. Pour Faïçal Laraïchi, l’autre vice-président délégué, le festival de Marrakech nivelle le cinéma national vers le haut : «C’est une occasion rêvée pour nos jeunes cinéastes de se frotter à la compétition internationale, de s’émerveiller, de s’inspirer des œuvres projetées». Et de s’abreuver de flamboyantes Success stories : après Martin Scorsese en 2007, Émir Kusturica en 2009 ou encore Francis Ford Coppola en 2010 (pour ne citer que ceux-là), c’est, entre autres, le Français Jean-Jacques Annaud, auteur du très remarqué Or noir, qui, cette année, est venu donner sa leçon de cinéma à des professionnels et étudiants fascinés.

«Le festival de Marrakech et le cinéma marocain sont liés par un contrat moral», jure Nourreddine Saïl. «Vous remarquerez que notre production a véritablement pris son élan avec le démarrage du FIFM». Et d’avancer des chiffres éloquents : de six longs-métrages par an au début des années 2000, on est désormais passé à vingt, voire vingt-cinq productions. «Ce qui fait du Maroc le premier producteur de films d’Afrique», vante le directeur du CCM. Sans parler des courts-métrages, particulièrement foisonnants : «Il s’en fait chaque année quatre-vingt à cent ! Les plus talentueux osent leur premier long-métrage, comme Mohamed Achaour, primé au festival de Tanger pour Un film, et Hicham Lasri, auteur de The End, premier film, également, présenté à Marrakech dans la section Coup de cœur du festival». Une rubrique entièrement dédiée aux Marocains, lors de cette onzième édition : Leïla Kilani, Ahmed Boulane et Mohamed Nadif, auteurs respectifs des films Sur la Planche, Le Retour du Fils, et Andalusia, mon amour, ont été mis en avant. «Nous avons, en outre, tenu à ce que les films d’ouverture et de clôture soient marocains aussi», insiste Nourreddine Saïl. Pour l’inauguration, c’est en effet L’Amante du Rif de Narjiss Nejjar qui a été projeté (lire la critique ci-après). Quant au clap de fin, il a été donné par Faouzi Bensaïdi et son film Mort à Vendre.