Le cinéma marocain est-il intrépide ?

Il est de bon ton de dire pis que pendre du cinéma marocain. Il faut cependant reconnaître qu’il fait preuve d’une audace inouïe, en ces temps où l’on impose une chape puritaine au cinéma arabo-musulman. Honneur à nos cinéastes qui ont osé, contre vents et marées, prendre à bras-le-corps des sujets jugés inaudibles. Abdelkader Lagtaâ, dans Yasmine et les hommes, n’a pas craint de s’aventurer sur le terrain glissant de l’adultère. Driss Chouika, dans Le jeu de l’amour, a su pénétrer et dévoiler l’intime du couple. Latif Lahlou, à travers Jardins de Samira, nous plonge dans l’enfer de l’impuissance sexuelle. Alors que la trublionne Farida Bourquia, qui n’a jamais eu froid aux yeux, est en train de préparer un long métrage sur les prostituées marocaines dans les pays du Golfe. Quand on sait que tout ce qui a trait au sexe est bouté hors de l’écran dans le monde arabo-musulman, on ne peut qu’exalter l’intrépidité de nos cinéastes. Malheureusement, il y a loin des bonnes intentions à leur concrétisation. Ce qui fait que nombre de films, annoncés comme dérangeants, ne parviennent qu’à déranger le spectateur, tant, à l’épreuve, les effets d’annonce tombent à plat.