Le Bout de nos peines

Bien qu’honorable, le traitement du thème du cancer a néanmoins été hà¢tivement expédié dans «Le Bout du Monde» de Hakim Noury.

«Dans la salle, il y avait un type qui riait avec hystérie, à chaque regard attentionné, à chaque mot d’amour prononcé par le héros», raconte Fedwa, à bout de nerfs. À la fin de la séance, l’homme s’est levé, et d’une voix bourrue, a jeté : «Qui croit encore à ces sornettes ?» – «Moi !», s’est empressée de répondre la spectatrice. «Je compatis, mademoiselle». Du tac au tac : «Je compatis au moins autant, monsieur».

Cette passe d’armes résume à peu près ce que l’on peut ressentir en regardant la première moitié du «Bout du Monde», une romance dramatique signée Hakim Noury. Les plus blasés y verront un ramassis de mièvreries, des émois passés de mode au siècle de l’amour ainsi caricaturé par Frédéric Beigbeder : «La première année, on achète des meubles. La deuxième année, on déplace les meubles. La troisième année, on partage les meubles» (L’amour dure trois ans, Folio, 2001). Les irréductibles romantiques y trouveront pour leur part matière à rêver, à affermir leurs espoirs. Le film, en tout cas, laisse difficilement indifférent, surtout vers la seconde partie. Que vous soyez cynique ou idéaliste, après Le Bout du Monde, vous ne viendrez pas à bout de votre chagrin. Car passé le début quelque peu poussif, où l’on voit éclore cette histoire d’amour entre le sexagénaire Salim (décemment campé par Hakim Noury) et la trentenaire Bouchra (très pauvrement interprétée par Hanane Ibrahimi, qui pleure bien mais qui joue mal), on bascule dans l’horreur de la maladie, dans les affres de l’angoisse face à l’approche de la mort, dans le dilemme face à l’euthanasie. «Qui vit ici-bas implore la clémence», balbutiera une spectatrice, reprenant un dicton marocain bien connu. Conclusion : Hakim Noury a, ici, le mérite de s’être attaqué au mal du XXIe siècle, le cancer, à l’origine, selon l’OMS, de 7,8 millions de décès en 2008, soit 13% de la mortalité mondiale. Au Maroc, on compte chaque année entre 30 000 et 40 000 nouveaux cas, dont au moins 10 000 ne bénéficiant d’aucune prise en charge. Le cinéma marocain ne pouvait lambiner plus longtemps. Une question aussi grave se doit d’être traitée, peut-être moins hâtivement que dans Le Bout du Monde. Le long-métrage aurait en effet gagné à entrer plus vite, plus hardiment dans le vif du sujet, à davantage explorer la condition et les difficultés des cancéreux, au-delà de l’histoire d’amour saccagée par la maladie.