L’Boulevard, dix ans…et toujours nomade !

Le festival se tiendra du 19 au 22 juin, avec une quarantaine de groupes marocains.
L’évènement, qui se veut underground et indépendant, ne compte que sur les sponsors pour financer l’essentiel d’un petit budget de 3 millions de dirhams. L’Boulevard se déroulera au stade de l’Etoile. 50 000 spectateurs sont attendus.

Il y a dix ans, lorsque Mohamed Merhari et son compère Hicham Bahou partaient à l’assaut de sponsors potentiels pour leur L’Boulevard des jeunes musiciens, on leur riait presque au nez. «Il fallait en voir 100 pour en avoir un. C’était plus que de l’arrogance. C’était de l’incompréhension totale.

Ils nous regardaient comme des extra-terrestres». Et pour cause. Le langage du pitch comportait des mots étranges à l’époque – et peut-être encore un peu aujourd’hui – comme fusion, hip hop, metal. «Depuis, on a compris que pour atteindre ces mêmes sponsors, il fallait qu’on atteigne leur cœur de cible (les 15-25 ans, NDLR), et maintenant, c’est fait».

F.O.L., COC, RUC…, des déménagements fréquents générateurs de contraintes
En une décennie, petit Boulevard est devenu grand. Sur sa chaussée, les principaux groupes musicaux d’aujourd’hui ont roulé leur bosse. Pour les Hoba Hoba Spirit, Darga, H Kayne…, il y a eu un «avant» et un «après» L’Boulevard. Une occasion de briller, de se produire en conditions réelles, d’être plus qu’entendus : écoutés et regardés.

Cette année, justement, l’anniversaire du festival sera une célébration du produit «local». Une quarantaine de groupes se produiront sur la grande scène, dont Hoba Hoba Spirit et Darga, Mazagan, Fes City Clan, Moby Dick, Bigg, Anaconda et Oueld Chaab. La plupart sont des «enfants du Boulevard», pour y avoir participé ou, mieux, y avoir gagné. Ils règnent aujourd’hui sur les ondes. «L’Boulevard a le mérite d’exister parce que c’est le seul qui donne de l’espoir aux jeunes générations. Nous, il nous a confirmés dans le choix de former un groupe et de tenir bon», affirme Anouar Zehouani, membre de Hoba Hoba Spirit.

Pour les graines de musiciens, c’est «Le Tremplin du Boulevard» qui fait office de tamis pour les débutants. Cette année, et pour la première fois, la compétition s’est déplacée à Rabat et a posé ses valises dans l’enceinte du théâtre Mohammed V les 9, 10 et 11 juin. Aller vers d’autres villes que Casa semble être un des nouveaux objectifs du festival.

Les organisateurs ont reçu pas moins de 150 maquettes, du bon et du moins bon, dont une bonne centaine de rappeurs. Les groupes ont été sélectionnés par un jury dont Momo Merhari et Hicham Bahou font partie. Si le rap domine, les autres styles musicaux sont présents, la techno à un moindre degré. «Le Tremplin est important pour les groupes, explique Momo Merhari, car c’est la première fois qu’ils sont exposés, au public et aux médias.

Les groupes ont également bénéficié du relais Internet, à travers des blogs et des webzines, comme nextline.ma». Sur le web, le buzz autour de L’Boulevard était intense à l’approche de l’événement. «A partir d’avril, toute une activité se développe», affirme Meryem Saadi, membre de l’équipe de L’Boulevard. «Sur les sites communautaires comme Facebook ou Myspace, mais aussi par de simples e-mails des groupes qui ont participé au Tremplin et veulent savoir s’ils ont été pris», ajoute-t-elle.

Dix jours après le Tremplin, L’Boulevard installera sa scène, à Casablanca, et plus précisément au Stade de l’Etoile (près du RUC). Pourtant, c’était à l’aérodrome d’Anfa que le 10e anniversaire devait être célébré. A quelques jours du début du festival, l’équipe a dû se trouver un nouveau local, une mésaventure de plus pour L’Boulevard. Né dans les locaux de la F.O.L. (Fédération des Œuvres laïques), il y a poussé pendant ses trois premières années, puis il a «squatté» le stade du COC les trois années suivantes et swingué entre le COC et le RUC les trois dernières. Et qui sait où se tiendra sa 11e édition.

Les mêmes aléas logistiques se retrouvent du côté du budget. Et pourtant, il est loin d’être énorme pour le seul rendez-vous de musique par et pour les jeunes : 3 millions de dirhams, assurés en majeure partie par les sponsors. En dix ans, aucune contribution à noter de la part des villes ou de l’Etat. «De toute façon, nous n’avons jamais rien demandé. Cela répond à notre souci d’indépendance et à l’idée que nous nous faisons de notre festival : un événement underground et libre», explique Momo.

Pourtant, lorsque vient l’heure du festival, il faut bien apprendre à négocier. Et là, la réactivité des autorités locales laisse à désirer. «On demande des barrières de sécurité, on ne les reçoit pas. Ou bien on en demande 400, on en reçoit 25. C’est un peu bizarre pour des spectacles de 25000 personnes», ironise Momo.

Les têtes d’affiche étrangères
sont un produit d’appel, mais les groupes marocains sont devenus tout aussi importants sinon plus
L’autre grande partie du budget va traditionnellement aux invités. L’année dernière, 17 groupes étrangers étaient invités à se produire au Maroc, dont les rappeurs d’Immortal technique, les rockeurs anglais de Paradise Lost, ou encore les Espagnols de Macaco, en musique fusion. Cette année, seuls cinq groupes étrangers seront invités. «Les têtes d’affiche étrangères sont un produit d’appel, mais les groupes marocains sont devenus aujourd’hui un facteur marketing tout aussi important, sinon plus».

Et pour cause : les groupes locaux parlent le langage des jeunes Marocains, en plus de jouer les rythmes qu’ils aiment. Les organisateurs espèrent également que la présence de nombreux groupes marocains drainera davantage de spectateurs vers les grandes scènes. L’année dernière, 10 000 à 20 000 personnes avaient dansé aux rythmes des concerts au COC, alors qu’en 2006, on estimait qu’un record avait été atteint avec près de 40 000 spectateurs. Pour cette dixième édition, les portes du stade seront ouvertes de 14h30 à minuit non-stop.

En plus du public, l’équipe de L’Boulevard compte sur la présence de directeurs de labels, d’Afrique de l’Ouest, du Proche-Orient, du Canada, d’Europe ou des Etats-Unis. «L’objectif est d’avoir des producteurs pour ces jeunes groupes, mais aussi des dates de concerts à l’étranger».

Et, pour que Casablanca ne concentre pas toutes les initiatives, un réseau d’associations de petits festivals de musique actuelle est en gestation. Momo et ses amis parient sur le local pour développer le national. Mais comment éviter que tout ça ne reste qu’une action ponctuelle qui réapparaît chaque mois de juin? «C’est sûr, il faut pérenniser. Les jeunes musiciens ont besoin de structures permanentes, de studios de répétition, de salles de concert de musique amplifiée». Des vœux souvent répétés, rarement exaucés.

Pour cette édition, la couverture médiatique sera-t-elle moins encline à faire de L’Boulevard le «festival de toutes les débauches» ? «Je sais qu’ils font leur travail, mais réduire le festival à des petits trucs n’est pas acceptable. Des jeunes qui fument des joints ? Comme si ces jeunes avaient attendu le festival pour fumer! Ou deux jeunes qui s’embrassent ? Laissez-moi rire ! Il faut dire aussi que ces médias ne comprennent rien à cette musique», se désole Momo.

Pour les éditions précédentes, l’équipe de L’Boulevard avait instauré un prix d’entrée, symbolique. Cette année, l’accès sera gratuit pour tous les spectacles. «La musique est précieuse pour nos jeunes. Pas besoin qu’elle soit payante», justifie Momo. C’est surtout ça, l’esprit L’Boulevard .