L’«Uzine» d’Aïn Sebaࢠ: audace, créativité et partage

C’est une «Uzine» où l’on ne sue pas à  grosses gouttes sur une chaîne de production abrutissante, non, pas du tout… Ici, on se découvre des talents cachés en danse contemporaine, arts du cirque, photographie, cinéma d’animation, etc.
Ce nouveau lieu de culture, espérons-le, dynamisera la (trop) paisible banlieue d’Aïn Sebaà¢.

ÀAïn Sebaâ, on connaissait le quartier industriel, la cité-dortoir, l’effervescent petit marché vert, le siège vitreux de la télévision, le zoo décrépit (auourd’hui en réaménagement), le parc de jeux aux manèges rouillés, un théâtre municipal qui accueille plus de mariages que d’événements culturels, un cinéma Beaulieu fermé depuis la nuit des temps… Bref, c’était un peu ronflant, Aïn Sebaâ, pour ne pas dire franchement gonflant.
Mais depuis quelques jours, la banlieue pépère s’anime. Depuis le 5 janvier, plus précisément, on vient de Bernoussi, Belvédère, Maârif ou Anfa, y découvrir un lieu surprenant : L’Uzine, une appellation sans doute choisie pour ne pas déroger à l’histoire industrielle du quartier. Sur l’ancienne route de Rabat, à deux pas d’un showroom de seddaris marocains réputés, ce nouveau lieu de culture a été fondé par le couple Abdelaziz et Touria Tazi. L’homme d’affaires et la militante sociale voulaient «un espace de création et d’échanges entre les artistes et le public», dans lequel tout s’articulerait autour du «participatif».

Un espace qui a déjà fière allure : sur les murs blancs s’étalent de magnifiques fresques de street art, montrant des personnages de la vie marocaine ordinaire, sublimés, transformés en monstres chimériques ou en super héros, évoluant comme dans un aquarium géant et encombré. Sur d’autres murs trônent des dessins tirés du deuxième numéro du fanzine casaoui Skefkef, qui a été lancé en ces lieux le 13 décembre 2014.  

«Parce que la culture cimente la vie collective et que la vie collective ne peut se construire que dans le partage, on ne peut s’occuper de culture sans se préoccuper de transmission, expliquent les initiateurs. Transmettre c’est partager : ses connaissances, ses expériences, ses réflexions». Ce sera donc tout sauf un vulgaire lieu de divertissement, où l’on viendrait noyer une ou deux heures d’ennui. Ici, on «encourage la sensibilisation et les pratiques amateurs par un programme didactique et participatif» : du 6 au 11 janvier, par exemple, le metteur en scène espagnol Roberto Cerda est venu donner un atelier d’initiation au jeu théâtral. Pour ceux qui souhaitent se perfectionner en acting, un cours permanent est prodigué tous les mercredis de 14h à 17h. Les jeudis sont dédiés aux danseurs : hip hop contemporain de 15h30 à 17h30 et danse d’improvisation de 16h à 19h. Enfin, les samedis sont consacrés aux arts du cirque -au programme, fil de fer, jonglage et mât chinois de 14h à 16h… Mais aussi au cinéma d’animation ! Entre midi et deux, des enfants de 8 à 14 ans s’initient aux différentes techniques de création d’un dessin animé.

Ce que souhaitent les initiateurs ? «Un lieu ressource où les gens peuvent s’impliquer dans la vie de l’espace pour explorer la créativité sous toutes ses formes : ateliers, stages, conférences, discussions, espaces de répétition, de vie, de développement de projets, etc». Mais le centre culturel ne s’adresse pas uniquement aux amateurs : l’objectif est aussi de «soutenir les nouvelles générations d’artistes à travers le financement, l’accueil et la diffusion de leurs œuvres». Durant la soirée de lancement de la bédé Skefkef, par exemple, on a pu assister au concert des groupes de rock Barathon Lane et de World music Made in Bled.
Bref, nous espérons que les habitants du quartier et les Casablancais en général ont été nombreux à s’inscrire – gratuitement ! – à cette Uzine de toutes les espérances. Les portes ouvertes sont restées jusqu’au 15
janvier.