La raison est ancrée au cÅ“ur de l’islam

Mohamed Darif
Professeur de sciences politiques à la Faculté de droit de Mohammédia

En rapportant les propos de l’empereur Manuel III Paléologue qui dénoncent la forte inclination de l’islam vers la violence et son imperméabilité à la raison, ceci expliquant cela, le pape Benoît XVI trahit une adhésion inconsciente ou inavouable à la vision islamophobe du Byzantin. Il n’y a pas plus terrible condamnation d’une religion que celle qui consiste à l’accuser de rejet de la rationalité. Cela signifie qu’elle n’est pas adaptée à l’époque et donc indigne d’être embrassée. En l’occurrence, les assertions du souverain pontife ne sont, tout bien considéré, que de pures allégations, inconsistantes et infondées, mises au service d’une entreprise de dénigrement et d’un souci de persuader de la supériorité de la religion catholique sur la religion musulmane.

Un esprit sans haine ni préjugés défavorables ne saurait révoquer en doute l’évidence de l’ancrage de la raison au cœur de la pensée musulmane. Elle est au fondement même de l’islam, comme en témoignent de nombreux passages du Coran et ainsi qu’il ressort des Dits du Prophète. Faisons le départ entre l’islam normatif et l’islam historique, le premier est contenu dans les textes fondateurs, à savoir le Coran et la Sunna, le second est celui pratiqué par les musulmans selon des lectures et des interprétations. Tous les deux prônent l’usage de la raison. La raison dans ses multiples sens.

Prenons, à titre d’exemple, les cinq devoirs canoniques. Ils ne forment pas seulement des obligations dont le croyant doit s’acquitter envers Dieu, mais aussi des actes reposant sur une logique. La profession de foi de la shahãda («Il n’est de divinité que Dieu et Mohammed est son Prophète») permet d’unir des communautés, parfois distantes géographiquement, dans Allah et son Prophète. Le rituel de la prière est réglé tel un ordre de bataille dans lequel l’imam figure le chef qui donne des ordres à sa troupe, auxquels elle obéit. Le jeûne est une épreuve que tout «moujahid» peut subir. L’aumône (zakãt) est une sorte d’impôt légal. Le pèlerinage est l’occasion pour les croyants venus de toutes parts de se rassembler.

La raison, entendue comme sens de l’organisation (cf. le philosophe allemand Max Weber) a présidé, à l’origine, à la formation d’une communauté, devenue un foyer de chaleur humaine, où chacun trouve les directives dont il a besoin pour orienter sa vie, avec le réconfort inestimable d’une communion intime avec les autres. Enfin, la raison, dans son acception de faculté pensante, a été sollicitée aussi bien par les théologiens qui ont codifié le dogme musulman que par les «falasifa», pendant mille ans, dans leur examen du Coran. Depuis, l’islam est tombé dans l’abîme.