La culture entre deux chaises

Nouvelle plateforme de protestation et d’action, La Chaise rouge fait intervenir différents acteurs pour interpeller nos gouvernants sur la chose culturelle. Priorité pour ces activistes : une politique culturelle en bonne et due forme.

Fini les pétitions larmoyantes, exit les manifestes enflammés, restés lettre morte. Place au «lobby d’agitateurs» ! Pas tout à fait comme ces groupes de pression qui se démènent dans les couloirs politiques, mais on peut tout de même hasarder un rapprochement. «Les élections sont à nos portes, profitons-en pour interpeller nos hommes publics sur l’état de la culture dans ce pays», suggère Amine Boushaba, chef de file, avec son coéquipier Jamal Abdennassar, de La Chaise rouge, ce mouvement qui veut asseoir la culture, ou, comme le martèle le slogan, «la remettre à sa place».
Sous nos cieux, l’idée est nouvelle : sur la page Facebook dédiée à l’opération, on voit une personne du monde de l’art ou des lettres se caler dans une chaise et raconter, face à une caméra, la politique culturelle rêvée. Mais pas seulement. Car si les grandes espérances sont vivement encouragées, les propositions, elles, sont nécessaires.

La culture traitée avec mépris

«Artistes, intellectuels, étudiants, managers, toutes sensibilités confondues, sont invités à s’exprimer dans ces vidéo-missives qui seront par la suite regroupées dans un film», explique le lobbyiste-en-chef et journaliste Amine Boushaba, qui compte avec ses compères de La Chaise rouge adresser cette compilation aux hommes politiques «pour les obliger à répondre». En attendant, viralité 2.0 aidant, l’initiative fait son petit buzz : déjà un millier de «j’aime» sur Facebook. Et ces internautes ne se contentent pas d’opiner sottement du chef. «Certes, nous pouvons nous targuer de posséder une riche culture. Hélas, cette richesse est le cadet des soucis de nos décideurs», se désole Loubna Alidrissi, qui, avant de penser au confort culturel de ses concitoyens, voudrait voir éclore des actions, «ne serait-ce que pour attirer les touristes». Heureusement, la plupart des commentateurs pensent d’abord à leur pomme. «Nous n’avons pas encore édifié une nation culturelle, parce que nous ne sommes pas très fiers de notre culture. Nous minorons et ridiculisons nos films, nos livres, notre musique, tout ce qui, dans les rayons de magasins, est à nous», regrette le journaliste Zakaria Choukrallah.
Mais d’où vient ce désamour ? D’une carence créative ? «Certainement pas, clarifie Amine Boushaba. Ce n’est pas la création qui est en panne au Maroc. C’est la gestion culturelle qui l’est. Cette multiplication de festivals, que nos politiques prennent comme alibi, même si certains de ces événements sont très bons, ne peut pas servir de cache-misère derrière lequel on dissimule le désert culturel du reste de l’année !» Et de proposer que l’on remplace ces rendez-vous sporadiques, qui laissent le Marocain sur sa faim, et cette culture folklorique destinée aux touristes, par une stratégie «avec des objectifs clairs à atteindre, des cahiers des charges à respecter et auxquels réfléchiraient ensemble les politiques et les artistes». Car, fait remarquer cet agitateur, comme l’artisanat a sa Vision 2015, l’agriculture son Plan Maroc Vert, le tourisme son Plan Azur et la pêche son Halieutis, la culture et ses acteurs doivent aussi avoir voix au chapitre.