« La Conjuration des imbéciles » pour la jubilation des lecteurs

Le personnage principal, odieux à  l’extrême et tirant sur tout ce qui bouge, pourrait être le dieu, la muse des adeptes cyniques, un brin pédants, de Twitter.

Extrait :

«Pourquoi es-tu sortie de ma vie, espèce de péronnelle ? Ta nouvelle coiffure est fascinante et très sophistiquée». S’emparant de sa natte, il la pressa contre sa moustache humide et la baisa vigoureusement. «Les senteurs de suie et d’oxyde de carbone qui parfument ta chevelure m’enivrent et me parlent du Bronx trépidant. Viens. Partons aussitôt. Je dois aller m’épanouir à Manhattan».

En quelques mots :

Quand l’absurde se lie à l’intelligence, à l’orgueil démesuré, et à la révolte permanente contre la stupidité ambiante, cela donne un véritable bijou de la littérature. Ignatius est un jeune homme au physique ingrat, au Q.I. très développé et aux problèmes gastriques décoiffants, sorte de Don Quichotte gras et fainéant, qui en veut à la terre entière de ne pas lui manifester l’estime qu’elle lui doit. A la trentaine bien sonnée, il vit encore chez sa mère, et doit subir son insistance acharnée à lui trouver du travail. Solitaire par choix, il entretient des rapports teintés de tensions, de vexations et d’amertume avec son entourage.
Une telle histoire paraîtrait rebutante si elle n’était portée par la verve et la vivacité incroyables de l’auteur. Drôle, grinçant et pathétique à la fois, on découvre ce personnage tout à fait déplaisant avec une empathie réelle, on rit de ses mésaventures et on s’émeut de la découverte des charmes infinis de la Nouvelle-Orléans. Ses rencontres à la fois pittoresques et touchantes nous réconcilient définitivement avec le genre humain. Pour toutes ces raisons, «La Conjuration des imbéciles» a obtenu le prestigieux prix Pulitzer de la fiction en 1981.

L’auteur :

John Kennedy Toole est né en 1937 en Louisiane. Couvé à l’excès par sa mère, il révèle très tôt des capacités intellectuelles hors du commun. Lorsque son premier manuscrit rencontre le refus des éditeurs, il met fin à ses jours à l’âge de 31 ans. Sa mère n’aura de cesse de frapper à toutes les portes jusqu’à ce que le manuscrit de son fils soit publié et élevé au rang d’œuvre magistrale.

Ce qu’en pense La Vie éco :

Ça, c’est de la critique sociale ! 30 ans après sa sortie, La Conjuration des imbéciles reste prodigieusement d’actualité. Le personnage principal, odieux à l’extrême et tirant sur tout ce qui bouge, pourrait être le dieu, la muse des adeptes cyniques, un brin pédants, de Twitter. Un grand roman américain, poilant, bondissant, touffu, comme on les aime.

«La Conjuration des imbéciles», John Kennedy Toole, Edition 10/18,  août 2002, 478 pages, 130 DH