La campagne à  l’honneur

Samedi 5 mars a eu lieu la cérémonie de remise des trophées Khmissa, au Palais des Congrès de Marrakech. Sans être organisée de manière irréprochable, la soirée fut attrayante.
Elégance, mais atmosphère bon enfant, malheureusement gâchée par une attente interminable. Pas moins d’une heure et demie de retard sur l’horaire prévu. On piaffait d’impatience et on le faisait entendre. Ce n’est qu’à 21h10 que les réjouissances débutèrent. Atik Benchiker, animateur-vedette à 2M, avait l’insigne honneur de mettre de l’ambiance. Il y parvint sans mal. D’ailleurs, c’est quelqu’un qui connaît la chanson, dans l’acception littérale de l’expression.
Dès lors, il était fatal que la soirée s’entonnât par un air de aïta, sous forme d’hommage à l’une de ses plus ardentes servantes : Haja Hamdaouia. Moment d’intense émotion qui exhalait un entêtant parfum de nostalgie. Le «la» était donné, le terroir allait avoir sa place au soleil de Khmissa.

Le mérite de cette édition est d’avoir consacré des femmes qui travaillent dans l’ombre
Confirmation : la première récompense revint à une campagnarde, Fatima Lakhal, qui a troqué son habit de paysanne contre celui de manager d’une modeste entreprise, employant dix personnes, vouée à l’élevage des moutons dans la région d’Oujda. Après la catégorie «entreprise», la catégorie «médias», dans laquelle fut honorée la battante Kaïma Bellouchi. A juste titre. La lauréate a le mérite de s’illustrer dans le commentaire sportif, naguère pré carré inexpugnable des hommes. Malgré un vrai tir de barrage suscité par ses homologues masculins, jaloux de sa percée. Le sport revint sur le tapis avec la consécration d’une tendre et néanmoins redoutable as du taekwondo, Karima Aït Elarbi, qui promena sur l’assistance le regard embué de ses 22 ans. A la linguiste Chadia Derkaoui fut remis le trophée de la culture. Son fait d’armes : la transposition en tachelhite des Justes d’Albert Camus. Enfin, replongée dans le terroir, avec une distinction longuement ovationnée, celle de Aïcha Handara dans la catégorie «social», qui a pour principal mérite d’arpenter la région du Haouz pour assister les femmes démunies pendant leur accouchement. Consacrer une sage-femme, voilà qui donne un supplément d’âme à cette cérémonie parfois empruntée, souvent généreuse, constamment reconnaissante.
Hommages et récompenses alternaient avec des tours de chant, dans lesquels l’électrique Faudel se tailla la part du lion, laissant des miettes à la Française Nicolette. L’un et l’autre ont apporté une note joyeuse à cette édition de Khmissa, dont le principal attrait est d’avoir mis en vive lumière des femmes qui œuvrent dans l’ombre.

Un trophée ovationné pour Aïcha Handara, sage-femme, qui assiste les plus démunies dans le Haouz.