Khadija Alami : «Je rends hommage aux professionnels marocains»

Le Festival international du film de Marrakech a choisi cette année de braquer ses projecteurs sur le métier de producteur. A ce titre, Khadija Alami a reçu l’hommage du festival le jeudi 11 décembre.

Comment devient-on producteur au Maroc ?

En ce qui concerne mon parcours personnel, il faut dire que c’était tout à fait par hasard. Je me souviens lorsque j’ai commencé, j’étais encore jeune. Je rentrais à peine de France où j’avais terminé mes études en sciences économiques. J’étais destinée à devenir comptable, manager ou financière, mais certainement pas au cinéma, encore moins dans les années 80. C’est vraiment tout à fait par hasard que j’ai découvert le métier d’assistant producteur. Pour la petite anecdote, j’étais en club d’équitation. Moi qui adorais les chevaux, je regardais avec émerveillement un étalon qui se faisait dresser par un homme pour les besoins d’un tournage d’un film américain au Maroc. En papotant avec le monsieur, il m’annonce qu’un autre film américain allait bientot être tourné au Maroc et que la production du film cherchait des assistants anglophones. Je saute sur l’occasion sans trop réfléchir. Une semaine plus tard, je m’improvise chauffeur interprète avec un permis blanc et un anglais plutôt sommaire. Curieuse de nature et plutôt volontaire, j’ai appris le métier sur le tas, sans me plaindre de faire le café, les photocopies… Tout était bon à apprendre. Grâce au bouche à oreille, j’ai été recrutée sur tous les plateaux de tournages étrangers. Cela m’a permis de découvrir tous les aspects du métier de producteur exécutif.

Vous avez arrêté votre parcours un moment…

Oui, j’ai arrêté pendant 6 ans pour intégrer un cabinet d’expertise comptable et audit. Ce fut une expérience extraordinaire pour moi, où j’ai appris énormément de choses et une leçon de vie : c’est qu’il n’y a que le sérieux qui dure. Il faut se méfier des ascensions fulgurantes car elles sont souvent suivies de chutes rapides. Cela vaut pour tous les métiers,  même au cinéma. Quand j’ai décidé de reprendre le métier, je l’ai abordé avec plus de maturité. Je savais ce que je voulais faire.

Et, depuis, vous avez principalement travaillé avec des productions étrangères. Comment vous arrivez à répondre aux besoins d’équipes de films aussi différentes ?

En effet, c’est une occasion pour moi de rendre hommage à nos professionnels marocains. Vous savez, nous avons des techniciens extraordinaires. Ils ont cette capacité de se mettre avec n’importe quelle équipe de n’importe quelle partie du monde et travailler en toute simplicité. Un technicien marocain peut travailler avec des Chinois, des Allemands, des Américains, des Italiens sans aucun problème. Souvent sans même parler la langue. En général, sur un plateau de tournage, ce sont les étrangers qui ont du mal à s’adapter.
On entend souvent parler de clashs entre producteurs et réalisateurs…

En effet, le producteur a toujours l’image du grand méchant qui dit toujours non. Mais le fait est que notre rôle est d’étudier la faisabilité du film et de veiller à ce qu’il n’y ait pas de débordements. Cela nous amène quelquefois à rentrer en conflit avec les réalisateurs. J’ai un ami producteur français qui m’avait appris que «dans ce métier, on s’engueule, mais on ne se fâche pas». Ce n’est jamais personnel. On n’y met pas d’ego.

Les réalisateurs et les acteurs y mettent le leur par contre !

C’est normal ! Eux s’investissent émotionnellement dans le projet. Pour les acteurs, c’est leur image qui est en jeu. C’est le réalisateur qui signe le film. On nous demande souvent pourquoi nous cédons aux caprices des acteurs et réalisateurs. Mais on ne se rend pas compte du poids qu’ils portent et de la pression qu’ils subissent.
Si la réussite du projet les porte aux nues, son échec peut les détruire. Moi je pense qu’on ne les choie jamais assez.

Et les films marocains ?

J’ai fait six courts métrages. J’allais participer à la production du film Le regard, de Noureddine Lakhmari. Mais je n’ai pas pu en raison de ma grossesse. Nous sommes toujours en contact et j’espère qu’on pourra bientôt travailler ensemble. Je pourrais également citer des noms qui me donnent envie de collaborer.
Il y a Faouzi Bensaidi, Mouftakir, Narjiss Najjar, Leila Marrakchi… On a beaucoup de talents au Maroc. Il leur faut juste un petit coup de pouce et un peu plus d’argent. Et puis, il faut également faire renaître les salles de cinéma et booster la diffusion. Sinon, il n’y a pas d’industrie cinématographique possible.

Il y a aussi un grand problème d’écriture au Maroc…

En effet. Je suis d’accord. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai accepté d’être la présidente de l’association Meditalents dont le but est d’organiser des ateliers pour une écriture scénaristique de qualité. On y fait un appel à candidatures. On reçoit des projets de scénarios et on accompagne l’écriture avec des tables rondes et des intervenants de marque.

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ?

Actuellement, je suis sur deux projets de série avec de gros investissements sur une période de 8 mois. Vous pouvez aisément imaginer le nombre de techniciens marocains qui y travaillent. Nous avons engagé 60 000 figurants et plus d’une centaine d’acteurs marocains.