Juste quelques instants de grà¢ce

C’est un drôle d’oiseau, à  la fois hibou et pie jacasseuse. à€ Chefchaouen où il se retranche tel Zarathoustra loin de l’ineptie du monde, 3adnane 7aqon est peu disert, plutôt observateur.

C’est un drôle d’oiseau, à la fois hibou et pie jacasseuse. À Chefchaouen où il se retranche tel Zarathoustra loin de l’ineptie du monde, 3adnane 7aqon est peu disert, plutôt observateur. Sur Facebook, en revanche, quel feu ! Quelle faconde ! Le photographe et prof de français au lycée endosse sa cape de Racidoukoum Ghayrkafi (son surnom sur les réseaux sociaux, il adore se déguiser en triple recharge) et, tel une tornade des enfers, crève la morosité de votre fil d’actualités à chacun de ses statuts, nombreux et percutants comme des coups de mitraillette.

Exemple fraîchement frappé, à descendre d’une traite : «Quelle est cette loi aussi absurde que l’heure du thé au Maroc, qui interdit des appareils photos dans l’esplanade d’un bâtiment public appartenant au ministère de la culture et qui, ironie du sort, abritait une exposition de photos de lycéens ?», fulmine le photographe, qu’un personnage grincheux, moustachu et bedonnant, probablement un vigile, vient d’importuner devant la Bibliothèque nationale à Rabat, alors qu’il ne cherchait qu’à attraper, avant qu’ils ne s’évanouissent, quelques instants de grâce.  «Je suis un passionné de la vie et de toutes les belles choses, je suis un mollah des émotions. Assez réservé, j’essaie de m’exprimer à travers les photos, je pousse mes coups de gueule (parce que je suis un grognard de première), je partage mes coups de cœur et mes coups de blues», s’épanche Racidoukoum Ghayrkafi qui ne taquine éperdument, férocément le boîtier que depuis août 2010, grâce à une amie qui a eu, cet été-là, la judicieuse idée de lui offrir un réflex.

«Jusqu’à cette date, je ne prenais que des photos souvenirs avec un appareil compact en mode tout automatique. Mon seul dessein était de partager des images de voyage ou de montrer ma région aux personnes qui ne la connaissaient pas». Aujourd’hui, 3adnane 7aqon est accro «à la mise au point, à l’obturateur, aux magazines et à tout ce qui entretient un rapport large ou étroit au monde de la photographie». Et plus que jamais à sa ville, la fascinante Chefchaouen, qui devient, sous son œil affûté de hibou, un ruissellement bleu et blanc de moments enchantés, chapardés au temps qui fuit. Des mômes aux grands yeux de mangas sautillant autour des balançoires, des vieillards affaissés sur les trottoirs, des camionnettes esseulées et des paysages vides de monde et remplis de poésie. À savourer bientôt avec un verre au Grand comptoir de Rabat.

Exposition «Glandeur et des cadences» par 3adnane 7aqon : du 11 septembre au 16 octobre au Grand comptoir, 279, avenue Mohammed V, Rabat