«Je préfère influencer une génération chez moi, de Casa et Djeddah»

On l’a connue adolescente dans «Samt Al Qoussour». Elle est aujourd’hui l’une des icônes du cinéma arabe. Au FIFM, Hend Sabri est venue présenter son film «Noura Tehlem», premier film de la réalisatrice tunisienne Hind Boujemaa, sorti après le blockbuster égyptien «Al fil Al Azraq».

L’actrice est née en 1979 à Tunis, d’un père avocat et d’une mère professeure de français. Un jour, elle est remarquée par le scénariste et réalisateur Nouri Bouzid, qui a écrit «Samt Al Qoussour » en 1994. En ce temps là, la cinéaste Moufida Tlatli cherche une adolescente pour ce même film…Une star nommée Hend Sabri vient de naître…

Entre «Le silence des palais» et «Noura rêve», qu’a-t-il changé au regard de Hend Sabri sur le cinéma ?
C’est un quart de siècle ! Je suis passée de la caméra 35 mm, à la petite caméra numérique. C’est vrai que le cinéma a changé dans la forme. Il s’est certes popularisé, démocratisé et cela coûte beaucoup moins cher de faire un film. Avant, le cinéma était une question d’élite, c’était un luxe que d’avoir la confiance d’un producteur qui va mettre son argent dans une œuvre. Mais sur le fond, les thématiques, les histoires restent les mêmes. Personnellement, ma relation avec le cinéma a toujours été difficile, oscillant entre amour et haine. C’est un milieu que j’ai toujours aimé à la folie et rejeté en même temps. Peut-être que je me suis un peu réconciliée avec ce métier.

Comment expliquez-vous ce rapport si passionnel ?
Quand j’ai commencé en Egypte, il n’y avait pas beaucoup d’actrices non égyptiennes. C’était très difficile de m’y installer, de confirmer ma présence, de me faire respecter et accepter, pas en tant qu’étrangère, mais en tant que comédienne qui a du talent. J’ai donc toujours eu du mal à être jugée via mon métier.
Et c’est vraiment un métier difficile : on travaille 18h par jour, on n’a pas de vacances, pas de vie privée. J’ai donc toujours eu un rapport complexe avec ce métier. La célébrité aussi ne m’a pas fait que du bien, mais j’ai appris à l’utiliser pour la bonne cause.

Cinéma tunisien vs cinéma égyptien ?
Avant d’aller en Egypte, je n’avais aucun rapport avec le cinéma égyptien. J’étais davantage francophone et francophile.
C’est par un hasard absolu quad j’ai fait le film tunisien «La saison des hommes», que la réalisatrice égyptienne Inas Al Degheidy m’a vue et m’a appelée pour faire «Le journal d’une adolescente».
A l’époque je ne la connaissais pas. Si je l’avais connue, j’aurais peut-être pris peur (rires), puisqu’elle défrayait déjà la chronique. Mais malgré cela, je n’ai eu aucun mal à adopter l’accent et que je refusais de rester cantonnée à des rôles de Maghrébines.
n On vous a vue à la Mostra de Venise et dans plusieurs publications européennes. Le cinéma mondial vous fait-il de l’œil ?
Il y a eu des propositions, mais pas assez importantes à mon sens. Je ne voudrais pas partir en Europe, juste pour partir en Europe. Il me faudrait, comme en Egypte, un déclic d’un réalisateur, un désir de travailler avec moi. Sinon, je n’ai pas la fascination et le complexe de vouloir travailler dans le cinéma français ou européen coûte que coûte. Je préfère influencer une génération chez moi, de Casa et Djeddah, plutôt que d’attendre un petit rôle sans impact en Europe.

En parlant d’impact et d’engagement, Hend Sabri est-elle féministe ?
Je suis carrément féministe. J’entends par là défendre ma condition de femme, mon droit à avoir les mêmes privilèges qu’un homme. Cela vient du fait que je viens de Tunisie où Bourguiba nous a donné des droits qui tranchent avec le système juridique dans le reste du monde arabe.
Mais c’est également une responsabilité que celle de véhiculer une certaine image de la femme maghrébine et arabe, à l’égard des jeunes filles arabes qui me regardent, mais aussi du monde. C’est une véritable responsabilité pour moi de ne jamais faire du tort aux femmes, à travers des rôles qui normalisent avec la violence faite aux femmes ou des scénarios condescendants : ce n’est pas possible.
A travers les réseaux sociaux également, le fait d’avoir des followers et une voix, m’oblige à sensibiliser les jeunes filles, les valoriser, les encourager à tracer leur voies malgré les barrières sociales et le qu’en-dira-t-on.