Jazzablanca : Pourquoi il faut impérativement y aller

Du 21 au 26 avril 2012, Jazzablanca s’installe à  l’Hippodrome d’Anfa. Pour sa septième édition, le festival a scellé le pacte d’une programmation unique, à  faire pà¢lir les plus grands évènements jazz du monde.

On présente souvent les artistes d’un festival comme on agence des fruits dans un étal : un ensemble coloré, bien classé et mis en valeur par des produits de saison. On vous parlera sûrement de Jazzablanca comme d’un incontournable événement qui relie le Nord et le Sud, au nom d’une musique universelle -le jazz-, et on s’attardera sur chaque artiste en commençant par ceux qu’ils appellent «têtes d’affiche». J’aurais bien aimé faire de même. Mais la septième édition de Jazzablanca mériterait deux tomes sur étagère. Et ce n’est que du haut de mes trois Best Of de Coltrane chipés dans une brocante que je parle de ces noms qui feront vibrer pendant une semaine les rues de Casablanca. Du coup, ma vision est faussée ne serait-ce que… par l’enthousiasme candide qui fait briller mes mirettes depuis l’annonce du festival ! Je vous laisse juger…

Jazzons, jazzons !

Samedi 21 avril : pour ouvrir le bal, honneur aux dames ! Leur jazz est chamarré, leurs influences aussi : afro-américaines, conjuguées à des mélodies aux couleurs locales. Natasha Rogers et son sextet répandront un jazz funky et groovy, bardé de sentiment et de technique, et Oum apaisera les foules par le charme naturel qu’on lui connaît. Le dimanche 22, pas de place au blues. Aloe Blacc, un nom bizarrement exotique débarquera avec son tube I need a dollar, sa rengaine de mec propre sur lui et sa voix suave qui appelle à la soul des vieux cabarets américains. Le tout sur une délicieuse touche de jazz rythmique. Agaçant, tellement il est talentueux ! Pire, pour le Jazzablanca, le jeunet proposera de revisiter des titres cultes avec un quintet à cordes. Et pour commencer la semaine en grande adresse musicale, on appellera successivement Billy Cobham et Marcus Miller sur scène le lundi 23, et mardi 24. Le premier, Billy Cobham, batteur de génie, maîtrisant toutes les subtilités du jazz, apprenti d’un certain Miles Davis, riche d’une expérience avec les plus grands noms du jazz, et lui-même fondateur du Mahavishnu Orchestra, fera se dandiner le public sur des rythmiques rarissimes. La batterie entre ses mains prend des allures de saxophone tellement elle devient jazzy ! Puis, mardi, la virtuosité sur pieds fera grimper les décibels. Dans le genre qu’on n’ose même pas présenter, Marcus Miller fait fort. Multi instrumentiste, mais principalement bassiste, il a grandi dans le jazz avec comme compagnons de scène Miles Davis, Branford Marsalis, ou encore Kenny Garrett. Du génie, je vous dis ! Mercredi 25, en première partie, un «petit» trio de magiciens, Trio Of Oz, composé de la pianiste Rachel Z, le bassiste Salomon Dorsey, et le batteur Omar Hakim, ont partagé leurs scènes avec Al Di Meola, Miles Davis, David Bowie, Madonna et même Stevie Wonder, pour finalement se réunir dans un trio qui reprend les classiques des années 30 à la sauce contemporaine ! Pour enfin laisser la scène au très surprenant Charles Bradley. L’histoire de cet homme est une histoire de jazz. Ce n’est qu’à 62 ans qu’il offre son premier opus, et il est impossible depuis de résister à son No time for dreaming, un condensé de fièvre et de langueur qui respire la sincérité. On ne se pose qu’une seule question : qu’est-ce qu’un artiste de la trempe de Charles Bradley, aussi évidemment anachronique et intemporel, vient faire au beau milieu de la production musicale actuelle ? Quelles preuves aurait à fournir ce nouveau venu qui mérite le respect dû aux pointures platinées ? Réponse sur scène, le 25. La clôture du festival se fera sur la touche délicieusement frenchy d’Olivia Ruiz, délicatesse et sensualité au rendez-vous.
Le terme «Jazz» a été répété 17 fois dans ce papier. 18, Maintenant. Après ça, osez dire qu’on ne vous avait pas prévenu…